La Poupée Sanglante, Théâtre de la Huchette, Ete 2016

Un musical, donc.

Même lorsque l’on va au théâtre tous les soirs et que l’on chronique depuis des années, il faut savoir prendre des risques. C’est là que l’Animal Culturel intervient.

Me voici donc au Théâtre de la Huchette (ceux qui me suivent depuis un moment comprendront) décidée à voir cette Poupée Sanglante, comédie musicale adaptée du roman de 1923 de Gaston Leroux, l’auteur du célébrissime Fantôme de l’Opéra de 1910.

Le défi est de taille : un micro-plateau, 3 acteurs et 1 pianiste pour donner vie à pas moins de 15 personnages et toute une atmosphère. Costaud.

Et c’est divin. Les comédiens jouent et chantent comme des dieux, la créativité en plus. Les costumes sont parfaits. Tout est juste, hilarant, pas du tout effrayant. Il faut dire que Didier Bailly est chez lui : il joue à la Huchette dans la Cantatrice Chauve depuis 1985. Quant à Eric Chantelauze, qui co-signe le spectacle, il n’en n’est pas à sa première comédie musicale. Tout s’explique.

Certes, on a mal aux fesses dans ce théâtre. Mais si vous devez voir UN musical cette année, c’est celui-là.

Illustration © Araso

La Poupée Sanglante
Théâtre de la Huchette
23, RUE DE LA HUCHETTE
75005 PARIS
M. Saint-Michel
Tel: +331 43 26 38 99


Les danseurs de l'Opéra, en coulisses

Le jour où William Forsythe m'a réconciliée avec la danse classique

Je n’aime pas la danse classique. Je n’étais pas allée à l’Opéra depuis le Maguy Marin, en avril. Au début de cette saison j’interviewais tout de même Dorothée Gilbert, un amour. Là, je vois enfin le William Forsythe que tout le monde porte aux nues.

Avec Of Any If And je m’endors. Snobs, des mots étroits et inféconds paradent sur scène enfilés comme des perles « Body of texture rare all in nothing ». Même avec Léonore Baulac et Adrien Couvez c’est ennuyeux à mourir.

Approximate Sonata m’emporte. La bombe Alice Renavand déboule en justaucorps noir taquinée par Adrien Couvez. Marie-Agnès Gillot y danse comme une déesse avec ses longues jambes.

Le choc survient avec Blake Works I, création de William Forsythe sur la musique de James Blake. Et là, alerte : beauté, frissons. C’est sensuel, sexy en diable, avec du voguing et des freestyles comme au hip-hop et (incroyable) les danseurs s’amusent !

Ces 25 dernières minutes ont bouleversé mon rapport à la danse académique. Et rien que pour ça, ça en valait la peine.



 

William Forsythe, danse, 2h
A l’Opéra Garnier jusqu’au 16 Juillet
Il reste des places, à partir de 25 euros en ligne le jour-même

Visuels © DR


Emilie Incerti Formentini dans Rendez-vous Gare de l'Est

Gros coup de coeur pour ce rendez-vous Gare de l'Est

Une fille, une chaise, et c’est un show. Rendez-vous gare de l’Est est un monologue écrit et mis en scène par Guillaume Vincent. La géniale Emilie Incerti Formentini y est cette jeune femme bipolaire depuis 2012, date de sa création à la comédie de Reims.

Tout est dans l’interprétation, cette vie avec une maladie qui fait enchaîner les internements à Saint-Anne, les poignées de lithium, le mari, l’amour fou -littéralement, l’appartement de onze mètres carrés avec toilettes et placard sur le palier. Emilie, le personnage, raconte le rapport à son propre corps, à sa mémoire qui s’effiloche et à aucun moment le texte ne tombe dans le piège du larmoyant.

Et elle est drôle, cette Emilie, et elle a un moral en béton. Le problème avec les dingues, c’est qu’ils ont ces moments d’intelligence rare, de suprême lucidité qui les rendent fascinants.

Enorme coup de coeur pour ce petit bout de femme et cette parenthèse d’intelligence, de finesse et de bonheur.

Rendez-vous gare de l’Est, au Théâtre du Rond-Point

Du 31 Mai au 26 Juin

Visuel © Araso