Dark Circus by Stereoptik, illustration Araso

Dark Circus: comment les Stereoptik rendent heureux

En ce moment, le brillantissime duo formé par les Stereoptik propose au Monfort leur Dark Circus. L’histoire est imaginée par Pef, qui à 77 ans ne se décide toujours pas à être sérieux. Tout commence avec un cirque noir au concept espiègle, où l’on vient nombreux pour devenir malheureux.

Virtuoses de la musique, du dessin et de l’ombre, Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet créent un univers d’une grande poésie qui touche tous ceux dont le chemin s’attarde. La guitare électrique se fend d’accords enfiévrés, cousine d’une guitare acoustique pas commune.

Dark Circus by Stereoptik, illustration Araso
Dark Circus by Stereoptik, illustration Araso

Des dessins comme des calligraphies apparaissent par magie sur un grand écran animé. Les décors sont des sables mouvants, qui engloutissent les acrobates dans de nouveaux paysages. La terre façonne des chevaux fous, qui libérés de l’arène emportent le public vers des contrées inexplorées où tout reste à construire.

Tout est beau dans ce spectacle sagace et énergique, une leçon de créativité qui ne manque pas de relief.


Dark Circus est un spectacle des Stereoptik présenté au Monfort avec le Théâtre de la Ville, jusqu’au 17 Décembre 2016.
20h, Grande salle du Monfort. Durée 1h.


Béatrice Dalle, Lucrèce Borgia, Illustration Araso

Béatrice Dalle, David Bobée, Lucrèce Borgia

Béatrice Dalle est Lucrèce Borgia. Cette version de David Bobée met en scène le magnétisme impur, la fascination ambivalente, l’amour-poison.

Suprême, Béatrice Dalle arpente le plateau au sol râpeux qui lui colle à la traîne telle la panthère noire piaffant dans une cage trop étroite pour elle.

La musique live de Butch McKoy, guitare, barbe de hipster et chemise de bucheron à l’appui, ponctue les scènes d’accords saturés. La création lumière dessine des vagues de lune sur les plafonds de la Grande Halle. Elle sculpte les corps d’une armée de bombes aux abdos dessinés comme échappés tout droit de la publicité pour un parfum de Paco Rabanne. L’eau comme horizon, terrain de jeu de leurs vrais batifolages et leurs faux affrontements. Acqua alta, acqua sanguinolenta.

Béatrice Dalle, Lucrèce Borgia, Illustration Araso
Béatrice Dalle, Lucrèce Borgia, Illustration Araso

Tandis que les artifices accouchent d’autant de sublime que ridicule, la figure du monstre haï, la question de la rédemption, le lien de filiation et sa nécessaire transmission, le sujet de la vengeance et du pardon sont fascinants, infiniment.


Lucrèce Borgia, du 30 Novembre au 3 Décembre à la Villette


Illustration © Araso

la pluie, émouvant voyage dans la mémoire d'un témoin de l'Holocauste

Depuis sa recréation au Lucernaire, la presse ne tarit pas d’éloges sur la pluie, spectacle magnifique et pourtant confidentiel. Mis en scène avec des marionnettes par Alexandre Haslé, ce monologue raconte la douleur d’une babouchka hantée par le souvenir de ceux qui lui ont confié leurs effets personnels avant d’être déportés.

Qu’un spectacle aussi sobre et poétique puisse susciter une aussi forte émotion est précieux : il nous rappelle qu’il n’est pas nécessaire que le théâtre singe un concert de U2 pour être touchant – au contraire. La manipulation à vue des marionnettes consitue elle-même un rejet de tout artifice, et les marionnettes sont exposées sur scène à la fin du spectacle, comme une affirmation que la vérité qui se joue sur scène transcende la nécessité du faire-semblant, ou pour aider le spectateur à distancier ses émotions.

A. Haslé confirme chaque soir la nécessité qui l’a appelé à cette recréation : l’indignité de l’accueil fait aux migrants, et son inquiétude face à la montée des intolérances.

La pluie, Illustration © Araso
La pluie, Illustration © Araso

La pluie, au Lucernaire jusqu’au 26 Novembre 2016


Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza dans «And so you see…» de Robyn Orlin, illustration © Araso

Le plaidoyer pour l'avenir de Robyn Orlin

Quel avenir construisons-nous pour nous-mêmes ? Pour nos enfants ?
A quel point sommes-nous maîtres de notre destin ?

Le performeur inclassable Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza rencontre la chorégraphe engagée Robyn Orlin. Tous deux sont Sud-Africains. Ils racontent leur pays et l’occident à travers le prisme de l’Afrique.

Ibokwe traite son corps en œuvre d’art. Enveloppé de cellophane qu’il déchire à coups de couteau vengeur, il s’empiffre d’oranges éclaboussant scène et public. Paré comme une reine de Nubie, il danse avec Poutine et négocie armes contre diamants, argent contre déchets, etc.  

Ibokwe joue assis dans un fauteuil dos au public mais face caméra. On ne voit que son image projetée en très grand sur le mur du fond. Ce rapport à l’autre fait partie intégrante de la démarche artistique.

Avec ce personnage qui veut être regardé, compris, aimé, admiré, jalousé, Ibokwe et Robyn Orlin montrent les multiples visages d’un pays dont ils dénoncent avec humour la défaillance sur les questions les plus graves.

Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza dans «And so you see…» de Robyn Orlin, illustration © Araso
Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza dans «And so you see…» de Robyn Orlin, illustration © Araso

And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice…
De Robyn Orlin, avec Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza
Au Théâtre de la Bastille à Paris jusqu’au 12 Novembre 2016


Rocìo Molina dans Caìda del Cielo au Théâtre National de Chaillot, illustration © Araso

Le flamenco anti-genre de Rocìo Molina

Rocìo Molina apparaît en tenue traditionnelle, arborant une traje de flamenca d’un blanc immaculé. Ses gestes sont lents, d’une précision chirurgicale.

Elle se déshabille sous le regard de ses quatre musiciens. Paternels, fraternels, amants ; difficile de dire ce qui se joue entre eux. En costume de matador, elle explose – littéralement. Les muscles tremblent, les doigts claquent et déroulent le mouvement jusqu’au bout des ongles. La concentration est absolue.

La chrysalide quitte ses cocons successifs et se fraye un chemin hésitant entre une force virile et une féminité enfantine et vulnérable. L’imago enfile une robe sanguinolente et la flamenca barbouille le sol avec le liquide rouge qui coule de ses jambes.

Entre folklore et libération, Caìda del Cielo est l’alternance des clichés que la danseuse incarne pour mieux les combattre avec ses armes : une parfaite maîtrise de son art et un (assez mauvais) goût du rock et des harnais SM. Le résultat est éloquent.

Il n’est écrit nulle part que la tradition doit être un carcan.

Rocìo Molina dans Caìda del Cielo au Théâtre National de Chaillot, illustration © Araso
Rocìo Molina dans Caìda del Cielo au Théâtre National de Chaillot, illustration © Araso

Caìda del Cielo est la dernière création de Rocìo Molina, artiste associée au Théâtre National de Chaillot
A voir du 3 au 11 Novembre 2016


Olivia Csiky Trnka est Anaïs Nin dans «A comme Anaïs», mes Françoise Courvoisier, Illustration © Araso

La passion épistolaire : A comme Anaïs

« Pour dialoguer il faut du temps. C’est ce qui est en train de disparaître, plus personne n’a de temps pour rien. » Ainsi parlait Wim Wenders hier matin sur France Inter.

Du temps, ces deux-là en ont pris, beaucoup : Anaïs Nin et Henry Miller se sont écrit durant plus de trente ans, laissant derrière eux un monument épistolaire. Etrangement, il semble que personne avant la metteure en scène Suisse Françoise Courvoisier n’ait songé à l’adapter au théâtre.

Créée en 2013 au Poche à Genève, la pièce est portée par les incarnations plus vraies que nature de Frédéric Landenberg en Miller fou et intense et Olivia Csiky Trnka sublime en amoureuse de l’esprit du sexe et des lettres. A comme Amour, Appétit de vivre. A comme Anaïs.

Emboîtant le pas à un art contemporain qui hurle des mots à qui veut bien les lire, cette ode enivrante à l’écriture au délicieux parfum de souffre est une source intarissable d’inspiration. L’écriture façonne la pensée, la main sculpte le geste, le regard contemple dans un bonheur infini.

Olivia Csiky Trnka est Anaïs Nin dans «A comme Anaïs», mes Françoise Courvoisier, Illustration © Araso
Olivia Csiky Trnka est Anaïs Nin dans «A comme Anaïs», mes Françoise Courvoisier, Illustration © Araso

A comme Anaïs avec Olivia Csiky Trnka et Frédéric Landenberg
Manufacture des Abbesses
Le dimanche à 20h
Du lundi au mercredi à 21h
Jusqu’au 21 Décembre 2016