BiT-Maguy Marin

Maguy Marin: BiT, une farandole pour l'humanité

La pièce est connue, pourtant c’est toujours un choc. On avait oublié cette déferlante de corps nus, les orgies, les viols, les moines pervers aux masques terrifiants, la violence anonyme et ce sublime tableau préraphaélite dont dégueulent les sexes et les pièces d’or.

Maguy Marin, dans son travail inclassable, s’attache à remuer les tréfonds de l’humanité pour en extraire une essence que le quotidien fait oublier. C’est beau, c’est laid et souvent perturbant.

BiT, Maguy Marin, illustration © Araso
BiT, Maguy Marin, illustration © Araso

BiT est une farandole techno qui commence chez les mormons. Six danseurs forment une ronde de plus en plus grisante à mesure que le beat s’accélère (génial sound design de Charlie Aubry). Les visages exultent, les corps se dénudent, les discordances s’amorcent « à contretemps du plaisir du public »*.

La transe anachronique se poursuit au Moyen-Âge que filent des quenouilles. La religion, les harnais SM et le fric transfigurent les corps qui se heurtent, se poursuivent et se retrouvent pour mieux se jeter dans le vide. Dans BiT, l’espoir et le désespoir ne font qu’un, ancré dans la figure de l’Autre.


*Entretien avec Maguy Marin, Propos recueillis par Bénédicte Namont et Stéphane Boitel, théâtre Garonne – Toulouse août 2014, repris dans la fiche de salle du Rond-Point.

BiT, création 2014 de Maguy Marin présentée par le Théâtre de la Ville hors les murs au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 11 Février 2017


Audrey Azoulay, illustration © Araso

Audrey Azoulay annonce la création d'un label pour la Marionnette

La Ministre de la Culture Audrey Azoulay a visité le chantier de l’ESNAM à Charleville-Mézières ce vendredi 3 février. A cette occasion, elle a fait une annonce attendue depuis longtemps, celle de la création prochaine d’un label des Arts de la Marionnette, dont bénéficiera la future école et nombre d’autres lieux pour l’instant labellisés à un autre titre (en France, un CDN, une scène nationale et neuf scènes conventionnées existent déjà avec un « fléchage marionnettes »).

Cette avancée dans la « structur[ation] du dialogue avec les pouvoirs publics », et la reconnaissance de la spécificité de la profession, font logiquement suite à l’entrée du Diplôme des métiers d’Arts de la marionnette au RNCP, et traduit un soutien croissant de l’État à cette discipline artistique.

Audrey Azoulay, illustration © Araso
Audrey Azoulay, illustration © Araso

800 Signes tendances art culture

Assoiffés : de la beauté comme nécessité vitale

Adapter Wajdi Mouawad en marionnette : la proposition laisse aussi songeur que sceptique. Assoiffés a été créée en 2007 au Théâtre Le Clou à Montréal, spécialisé dans la création jeunesse. Des passerelles sont possibles. Ce sera tout ou rien.

Nous voici donc face à Brice Coupey, Fanny Catel –enceinte et parfaite en Norvège, et Ladislas Rouge. Avec eux la marionnette hirsute de Murdoch et Boon, l’auteur narrateur par qui la boucle sera bouclée.

Marionnette de Murdoch, croquis de salle, Araso
Marionnette de Murdoch, croquis de salle, Araso

Dans cette version, la virtuosité de la Compagnie L’Alinéa sont au service d’un texte fort, qui reprend le thème cher à Wajdi Mouawad de l’adolescence, cette transition fragile que «les ravages d’un monde sans beauté» menacent le plus, où cette «soif d’amour, de confiance, de sens» si elle fait écho au vide peut mener jusqu’au sacrifice ultime.

Comme dans Inflammation du Verbe Vivre, il faut écrire, porter la parole des morts aux vivants. Parce que «la beauté, si elle n’est pas nourrie, se durcit et s’enlaidit». Norvège, l’illustrera en passant de carton à cadavre puis chair. Brillantissime.

Brice Coupey manipulant la marionnette de Murdoch, croquis de salle, Araso
Brice Coupey manipulant la marionnette de Murdoch, croquis de salle, Araso

Illustrations © Araso

Performance vue au Mouffetard – théâtre des Arts de la Marionnette du mardi 17 janvier au samedi 28 janvier 2017, avec l’exposition par Brice Coupey des artworks, croquis préparatoires, maquettes de la pièce.
Assoiffés sera redonnée au théâtre Berthelot de Montreuil les 1er et 2 février 2017.


Aglaé : la femme, la maman et la putain

Elle déambule entre les tabourets des invités. « Je me suis dit : comment je m’habille ? » elle est en nuisette noire et bas nylon. Claude Degliame alias Aglaé joue avec Jean-Michel Ribes depuis 1974 et en 2017 elle a un corps de déesse.

Aglaé a véritablement existé, et Jean-Michel Rabeux l’a rencontrée à Marseille alors qu’elle avait 70 ans. Sur scène, il lui donne la voix de Gavroche de sa comédienne fétiche – et on l’en remercie.

Claude Degliame est Aglae "heureuse comme pute, malheureuse comme mère" au Théâtre du Rond-Point
Claude Degliame est Aglae « heureuse comme pute, malheureuse comme mère » au Théâtre du Rond-Point

C’est quoi être pute ? C’est quoi être pute et femme ? Etre pute et mère ? « Je n’étais pas excitée, j’étais intéressée » des premières branlettes faites à son frère à 10 ans à sa période « pute de luxe » Aglaé déroule le film de sa vie.

Claude Degliame soulève avec élégance, courage et sans fausse pudeur les jugements de carton qui entourent la prostitution. « Une pute c’est pas une salope bordel ». Faut-il légaliser l’activité ? Mais oui bon Dieu ! Pour protéger les filles et parce qu’elles sont « les infirmières du sexe ».

« Est-ce que je lui demande à l’autre au gouvernement comment elle baise ? Non ! Alors qu’on me foute la paix avec la loi ».


L’amour, y’en a plein de sortes / Aglaé par WebTV_du_Rond-Point

Aglaé, avec Claude Degliame. De Jean-Michel Rabeux avec les mots d’Aglaé
Au théâtre du Rond-Point, 4 – 29 JANVIER 2017
En tournée au Bateau Feu – Scène Nationale de Dunkerque les 4 et 5 mai 2017
Illustration © Araso

On avait oublié comme le dancefloor était cool

Un plateau nu, excepté une dalle lumineuse d’à peine plus d’un mètre carré. «Everybody dance now !» et les locataires se succèdent sur ce révélateur faussement superficiel. Thomas Lebrun montre l’exutoire dans tout ce qu’il a d’excitant, de charge sexuelle et de glauque, avec ses timides, ses prédateurs, ses divas et ses exhibitionnistes.

On y croise cinq danseurs exceptionnels –dont le chorégraphe, stupéfiant, tour à tour go-go dancer, meneur de revue, punks (dé)coincés défilant sur Bob Sinclar, Cher et Wax Tailor.

Thomas Lebrun, Les Rois de la Piste, illustration © Araso
Thomas Lebrun, Les Rois de la Piste, illustration © Araso

On suit la chronologie d’une soirée. Les masques tombent, des couples se forment, les corps alcoolisés s’effondrent laissant échapper un sein. Les hommes en cuissardes galbés dans des body de dentelle noir sont sexy en diable. Les mouvements sont d’une beauté et d’une maîtrise à couper le souffle.

Tandis que la salle danse encore sur sa chaise, c’est un ballet de figures christiques qui salue, trois hommes et deux femmes en slips noirs sur Gloria Gaynor, «I am what I am».

 Et la messe est dite.

Rencontre avec Thomas Lebrun autour de sa création Les rois de la piste from micadanses – Faits d’hiver on Vimeo.

Les Rois de la Piste est la dernière création de Thomas Lebrun, donnée au Carreau du Temple les 17 et 18 Janvier dans le cadre du festival Faits d’Hiver.

Illustrations © Araso


Ce que l’on retient de Roméo et Juliette

26 ans. Roméo et Juliette réunis étaient à peine plus vieux lorsqu’ils se sont donné la mort. 26 ans est l’âge de ce spectacle d’Angelin Preljocaj, créé pour l’opéra de Lyon et repris cette année par le ballet Preljocaj au Théâtre National de Chaillot.

Intervient entretemps, en 1996, le coup de crayon d’Enki Bilal, le même Bilal auteur fétiche de Casterman, à l’origine du projet de BD éponyme Julia & Roem (2011). Il conçoit une scénographie grandiose à la hauteur de la musique éclatante de Prokofiev. La magie opère.

Roméo et Juliette, Ballet Preljocaj, Illustration © Araso
Roméo et Juliette, Ballet Preljocaj, Illustration © Araso

Le traitement est manichéen et joue sans complexe d’un filon déjà bien usé : la belle Juliette bourgeoise très dévêtue tombe amoureuse de Roméo le SDF. Le cortège des cavaliers parade en costume de CRS au pied d’une tour de guet à la Splinter Cell avec un maître-chien en bonus.

Malgré quelques lourdeurs explicatives et des choix de costumes parfois (volontairement ?) hasardeux, le pari est tenu. L’amour impossible est toujours un poison aussi addictif. La danse décolle, le tout est beau, sexy, élégant et tient son public. Du Preljocaj grande époque.


Angelin Preljocaj, Roméo et Juliette
Théâtre National de Chaillot jusqu’au 24 Décembre 2016