Julien-Henri Vu Van Dung pour Thomas Lebrun

Thomas Lebrun réveille l'âme de la Conciergerie

Magie ce soir du 16 Juin à l’ancienne prison du Palais de la Cité. Thomas Lebrun y a recréé son sublime spectacle pour 12 danseurs Où chaque souffle danse nos mémoires conçu pour l’édition 2015 de Monuments en Mouvement.

Après un passage à l’Abbaye du Mont Saint-Michel et l’inoubliable jonglage de Clément Dazin, on était déjà complètement emballés par l’édition 2016 de Monuments en Mouvement. Là, c’est l’apothéose.

Une spectatrice américaine vient me trouver à la fin du spectacle, émerveillée, très émue. Elle est originaire de Philadelphia où son fils, spécialisé en architecture post-traumatique, y construit un mémorial. En découvrant la chorégraphie, elle a été subjuguée par «cette intensité dans le regard des interprètes, qui dit si bien l’histoire qu’ont ces murs». Elle ajoute: «Je ne possédais pas toutes les références, il y a des gestes que je n’ai pas su interpréter. Mais c’était tellement beau, tellement fort… Je ne l’oublierai jamais.»

Video © Araso


Anne Teresa de Keersmaeker Illustration

Anne Teresa de Keersmaeker: la leçon de romantisme de "La Nuit Transfigurée"

Qu’est-ce que le romantisme? Passé ou actualité? Pour Anne Teresa de Keersmaeker c’est tout d’abord un plateau nu, une lumière crue comme la lune.

Puis ce sont deux hommes et une femme. Jules et Jim transfigurés par la partition de Schönberg, 1899. Elle lui murmure les larmes aux yeux qu’il n’est pas le père de son enfant.

Elle est trop à l’étroit dans sa robe rose xl aux petites fleurs désuètes. On est fasciné par sa beauté, sa frange coupée au cutter, sa peau pâlichonne et son visage nu. Et quand son partenaire s’anime on est carrément amoureux.

C’est sublime, quarante-cinq minutes de danse extatique qui défilent trop vite devant nos yeux embués. Cette posture où l’homme debout soulève son amante et plaque son visage entre ses cuisses serrées est une image qu’on n’oubliera jamais. On n’est plus au théâtre, on est quelque part au bord d’un lac en Autriche, la nuit.

Le romantisme c’est cet animal sauvage qui rend ivre quand on peut l’apprivoiser.

Illustration © Araso

Anne Teresa de Keersmaeker – La Nuit Transfigurée au Théâtre de la Ville – Paris – Du 7 au 15 Juin 2016