Coproud : César Vayssié et Olivia Grandville comme au cinéma

Abattre les cloisons. Ouvrir sur le ciel. Danser sous la pluie.

César Vayssié est vidéaste. Il travaille ses films comme des clips, glisse des images subliminales sur des sons psychédéliques. Avec Coproud, il offre à Olivia Grandville un cadre de cinéma pour un pas de deux hors sol et hors temps. Ils entrent à bord d’une berline qui crache du son et des vapeurs d’essence.

Elle lui montre sa danse, il la suit. Le fond de la scène s’ouvre sur la pluie dans la nuit de Paris, un film dans le film. La BO de ce road-movie c’est People Are People de Depeche Mode « I can’t understand/ What makes a man/ Hate another man/ Help me understand » et le discours d’Obama scandant le « Yes, we can » qui laisse encore croire en ce lendemain d’élection à un mauvais rêve.

Reprenant « help me understand », à bout de souffle, César Vayssié plonge au sol comme pour y ramasser des morceaux d’espoir. Olivia Grandville lui emboîte le pas, puis le dos. Leurs corps ne font plus qu’un.

Ils ne parlent pas la même langue mais ensemble, ils sont indestructibles.

Coproud : César Vayssié et Olivia Grandville comme au cinéma
Coproud, Illustration © Araso

Performance vue à la Ménagerie de Verre en ouverture du festival les Inaccoutumés,  du 8 Novembre au 3 Décembre 2016.
Auparavant en octobre dans le cadre de la FIAC, dans la Cour Carrée du Louvre.


Katerina Andreou in «A Kind of Fierce», illustration © Araso

Katerina Andreou, poétesse punk

Collant noir, sweatshirt jaune, elle se pose sur le plateau comme une petite abeille. Des néons en rang militaire et un micro suspendu la tête en bas forment le cube noir où Katerina Andreou promène son mini gabarit, entre le silence et la musique expérimentale d’Eric Yvelin.

La danse est anguleuse. A voir Katerina traverser le plateau de long en large sur fond de mitraillettes, on pense aux ballets de guerre de Marie Chouinard. Au théâtre, on serait chez les Peeping Tom: le corps arc-bouté sur chevilles laxes leur semble directement emprunté.

Lolita dégénérée, c’est avec son front et ses cheveux que Katerina parle dans le micro, avant de s’emparer de baguettes de percussion pour aller piquer des hannetons imaginaires. Humour, comique de répétions, son phrasé est celui d’un poète beatnik.

Est-elle la fille cachée de Patti Smith ? Même crinière hirsute, même expression impassible, même fougue. Ce mélange de poésie décalée dans un langage de charretier sur guitare électrique fait sonner les mêmes accords.

Hallef***lujah.

Katerina Andreou in «A Kind of Fierce», illustration © Araso
Katerina Andreou in «A Kind of Fierce», illustration © Araso

Katerina Andreou a dansé A Kind of Fierce les 4 et 5 Novembre au CDC Atelier de Paris.

Cette création 2016 a été programmée au Festival ImpulzTanz à Vienne l’été dernier, partie [8:tension], et a reçu le Prix Jardin d’Europe qui récompense la jeune création chorégraphique.


GK Collective, Chalon dans la Rue, Proust. Illustration Araso

On l'a vécu à Chalon : le théâtre seul au téléphone

Le théâtre en solo à portée téléphone ? On a voulu tester.

Proust des GK Collective questionne notre rapport à la manipulation, à l’obéissance et notre passion pour ce téléphone qui régit, littéralement, notre vie.

Un sms qui ressemble à un SPAM nous donne un rendez-vous auquel on doit se rendre seul, la main sur le cœur. Le jour J, on est sur le pied de guerre, on dévisage tous les passants. Mais d’où va surgir le show ?

Une jeune femme s’approche de nous. Elle parle fort au téléphone. On ne la remarque d’abord pas, elle a surgi de nulle part. Puis on comprend : c’est elle.

Pendant les minutes qui suivront, on sera le cobaye d’une expérience par téléphone interposé. On se rendra à un rendez-vous dans un café, avec des inconnus, dans un scenario à tiroirs dont on ne sait plus où s’arrête l’effet de synecdoque.

On jouera un rôle écrit pour nous à l’avance, on deviendra le héros de notre propre film. Et quand ce sera fini on se retrouvera comme un idiot, à s’être fait manipuler et à ne pas comprendre ce qui s’est passé.

Pire: on a aimé ça.

Visuel © Araso

Proust, de GK Collective
Pour un seul spectateur, 45 minutes par session.

Festival de Chalon dans la Rue
Chaque année en Juillet, à Chalon-sur-Saône, Festival transnational dédié aux Artistes de la Rue


Chalon Dans la Rue

Chalon dans la Rue, on y était: 7 minutes avec Volubilis

Attention, pépite. Au Festival de Chalon dans la Rue, dans le OFF, nous avons vu Les 7 minutes, la géniale déambulation dansée de la compagnie Volubilis.

Au coin d’une rue, une femme attend avec sa valise. Elle interpelle les voitures, les passants. Intégrant le décor naturel, elle danse avec les éléments. 7 minutes plus tard, conduit dans un recoin, le public ne remarque même pas le vagabond assis sur son banc, une bière à la main. Une femme s’approche et il lui saute dessus. Choc. Ils se lancent dans un ballet fou, et la victime reprend le dessus sur son agresseur.

Les scènes qui suivent tiennent du délire : une mairie déjantée, des témoins de mariage tout droit échappés des années 70, des courses-poursuites, de la danse…  Les comédiens et les danseurs sont surdoués. Le tout est excellemment mené.

Les 7 minutes, c’est tout ce qu’on aime du théâtre de rue : on ne sait jamais où ça commence, où ça finit. On scrute chaque passant, complice potentiel de la pièce qui est en train de se donner. On réapprend à voir.

Visuel © Araso

Compagnie Volubilis, Les 7 minutes
Durée: approx 1h30

Festival de Chalon dans la Rue,
Chaque année en Juillet, à Chalon-sur-Saône, Festival transnational dédié aux Artistes de la Rue.


Lisbeth Gruwez, We're Pretty Far From Ok, Festival d'Avignon 2016

Avignon: la danse, l'autre visage de l'angoisse

Après Les Damnés et Place des Héros, la danse prend le relais de l’angoisse à Avignon avec des performances esthétisantes et rares.

La belge Lisbeth Gruwez, passée par le P.A.R.T.S. d’Anne Teresa de Keersmaeker et les rangs de Jan Fabre, avec lequel elle créée Je suis sang en 2001 à Avignon. En 2004, elle s’engluait dans une mer d’huile avec le solo retentissant Quando l’uomo principale è una donna.

Elle revient à Avignon en 2016 avec sa création We’re pretty far from ok. En duo avec Nicolas Vladyslav, qui comme elle a travaillé avec Sidi Larbi Cherkaoui, elle est l’angoisse faite chair. Leurs deux corps bougent avec une beauté folle, se convulsent, respirent, spasment et se relâchent sans même quitter leurs chaises.

Emmurés dans leur agitation ils se touchent sans se voir. Des étreintes sans désir s’enchaînent, aveugles et sourdes.

Tandis que passe le train de l’épouvante, le son nous scotche à nos sièges. On en ressort étonnement légers, vidés de nos angoisses que le spectacle a drainées.

C’est raide et c’est sublime.

Illustration © Araso

We’re pretty far from ok, Festival d’Avignon 2016,
Chorégraphie LISBETH GRUWEZ
Anvers
Gymnase Paul Giéra, du 18 au 24 Juillet 2016 à 18h30
Création 2016, 1h


Julien-Henri Vu Van Dung pour Thomas Lebrun

Thomas Lebrun réveille l'âme de la Conciergerie

Magie ce soir du 16 Juin à l’ancienne prison du Palais de la Cité. Thomas Lebrun y a recréé son sublime spectacle pour 12 danseurs Où chaque souffle danse nos mémoires conçu pour l’édition 2015 de Monuments en Mouvement.

Après un passage à l’Abbaye du Mont Saint-Michel et l’inoubliable jonglage de Clément Dazin, on était déjà complètement emballés par l’édition 2016 de Monuments en Mouvement. Là, c’est l’apothéose.

Une spectatrice américaine vient me trouver à la fin du spectacle, émerveillée, très émue. Elle est originaire de Philadelphia où son fils, spécialisé en architecture post-traumatique, y construit un mémorial. En découvrant la chorégraphie, elle a été subjuguée par «cette intensité dans le regard des interprètes, qui dit si bien l’histoire qu’ont ces murs». Elle ajoute: «Je ne possédais pas toutes les références, il y a des gestes que je n’ai pas su interpréter. Mais c’était tellement beau, tellement fort… Je ne l’oublierai jamais.»

Video © Araso