Jouer (pas que) pour le fun

La collection Adriana d’Atol, les campagnes récentes de Kenzo, Dior, Louis Vuitton, la tagline des D’ Days 2017, Let’s play… Le fun est érigé par le marketing comme une véritable religion.

Au royaume du Jeu Video, le vent tourne. En sous-sol se nichent les serious games pour smartphones. J’aime les Patates (CA 2015) sensibilise au consommer autrement. Smokitten (FR 2017) propose d’aider à arrêter de fumer grâce à un chaton et Minecraft (USA 2016) est un outil pédagogique en LEGOs numériques.

Exposition Game à la Fondation EDF
Exposition Game à la Fondation EDF

Certes, les jeux sérieux existent depuis le 18e avec les simulations militaires. Dès le 15e le terme de Serio Ludere désigne l’approche d’un sujet sérieux par l’amusement. Cette contradiction dans les termes assoit aujourd’hui le rôle du jeu video en tant que marqueur sociologique.

A travers les époques, les mascottes (Pac-Man, Sonic, Mario…), les créateurs (Michel Ancel, Hideo Kojima), les plateformes et des publicités collector (Sega, c’est plus fort que toi) l’exposition dresse un panorama assez complet du jeu et de l’Homo Ludens et ce qu’il dit de son temps.


Game, le jeu video à travers le temps, est une exposition de la Fondation EDF jusqu’au 27 août 2017.

Visuels © Araso


Balenciaga, Bourdelle: déambulation dans l'antichambre du beau

En 800 Signes

Balenciaga était ambidextre. Suspicieux et méfiant, il présentait son travail à un mois de distance des défilés parisiens, pour se protéger des plagiaires. Il officiait dans un silence absolu. Sa préoccupation obsessionnelle : la coupe. Loin du glamour ostentatoire, Balenciaga créait des matières sans tulle ni corset, inventait le gazar avec le suisse Abraham et formait ces robes ballons des années 1950 et 1960 qui ont scellé à jamais la renommée de la Maison.

Balenciaga, Bourdelle, dialogue de beautés - photographie © Araso
Balenciaga, Bourdelle, dialogue de beautés – photographie © Araso

Plus de signes

Dans sa tour d’ivoire du 10 Avenue George V à Paris, le Maître espagnol créait des collections pour l’élite de l’élite. Des femmes infantes noires, des robes comme des remparts pour ces héritières spirituelles du Greco et de Zurbarán. Inattaquable, le maestro est adoubé par ses pairs, dont Chanel, qui dira de lui qu’il « était le seul d’entre nous, couturiers, qui savait coudre, dessiner et couper » et la Maison Christian Dior : « La haute couture est un orchestre que seul Balenciaga sait diriger, tous les autres créateurs que nous sommes suivons simplement ses indications. » En 1950, alors que Cristóbal est au faîte de sa gloire, un certain André Courrèges lui écrit : « Je veux travailler chez vous, sans être payé, comme le dernier des apprentis ». Ironie du sort, c’est au vu du succès d’André Courrèges qu’en 1968 il se retire de la mode et ferme sa Maison.

Balenciaga au musée Bourdelle, Illustration © Araso
Balenciaga au musée Bourdelle, Illustration © Araso

Ces œuvres sortent aujourd’hui des papiers de soie des salles de conservation de Galliera pour retourner à un autre atelier, celui d’Antoine Bourdelle, et s’offrir une nouvelle fois au regard du public. Les beautés du passé dialoguent autour des sculptures de nymphes et des portraits de la fin du XIXème. Que se disent-elles ? Probablement qu’il n’y a pas si longtemps, la mode créait des icônes pérennes dans l’ombre des patrons et des fils de bâti. Des images dignes de figurer des décennies plus tard au Panthéon des œuvres d’art. Des noirs mats, des noirs brillants, des noirs transparents que rien ne saurait surpasser, ni même égaler. Et contemplant leur propre beauté à l’aune de la mode en 2017 elles rient, probablement, au moins un peu.


Balenciaga, l’oeuvre au Noir, une exposition du Palais Galliera au Musée Bourdelle jusqu’au 16 Juillet 2017


Le Grand Musée du Parfum, illustration © Araso

Le Grand Musée du Parfum, nouveau temple de la Culturetainment

Le très attendu Grand Musée du Parfum a ouvert ses portes fin 2016 en grande pompe dans les anciens locaux de la maison de couture Christian Lacroix. Scénographie ultrasophistiquée et technologie dernier cri –au fonctionnement très aléatoire, constituent le socle de ce nouveau temple de la culturetainment.

Il y a une semaine, le blogger américain Seth Godin publiait un billet acidulé, The Candy Diet, littéralement « le régime bonbon ». ll y dénonce les avortons de l’anti-intellectualisme prêché en masse par les media sur l’autel du sacro-saint plus grand nombre et parle de « suicide culturel ».

Le Grand Musée du Parfum, illustration © Araso
Le Grand Musée du Parfum, illustration © Araso

Une dégénérescence similaire menace le domaine culturel. En 2015, au Musée de l’Homme, la collection historique disparaissait sous une mise en scène tapageuse. Le Grand « Musée » du Parfum lui vole la vedette à grand renfort de gadgets et de fondus enchaînés sur… une boutique de luxe (juste en face de l’Hôtel Bristol).

Une galerie marchande déguisée en musée, si bien habillée soit-elle, ne donne pas accès au savoir. Elle en éloigne.


Le Grand Musée du Parfum, 73 Rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris
Ouvert du mardi au dimanche de 10h30 à 19h00
Nocturne le vendredi jusqu’à 22h00


Cy Twombly, déconcertant

L’entrée est brute. Des traits griffonnées en niveaux de gris sur d’immenses supports blanchâtres. Est-ce un génie? Un naïf? Un fumiste? C’est intimidant. On sent que l’oeuvre est faussement simple. Il fallut à Cy Twombly deux étés successifs pour achever la série de dix toiles qui composent Fifty Days at Iliam.

cy-twombly

L’écriture fait son entrée, dysgraphique, presque gênante. La couleur, le plus souvent, explose, dégouline, dégueule même. Elle semble incontrôlable mais en regardant de plus près, on saisit le palimpseste, les superpositions élaborées. Une lettre se détache, le « A » rageur de « Apollo », le « O » baveux de « Autumno ». L’homme, issu de l’avant-garde américaine, a lu les antiques et vit en Italie. Une chaîne en forme de doux hiatus se dessine.

cy-twombly-triptyque
Ses peintures sont des fresques lyriques. Ses sculptures sont doucement archaïques. Ses photographies sont comme des haïkus. Cy Twombly est comme l’invité de son art: une matière aussi puissante que fragile, à la fois vigoureuse et d’une grande délicatesse. Et ça prend aux tripes.

Visuels © Araso


Cy Twombly, exposition au Centre Pompidou à Paris du 30.11.2016 au 24.04.2017


Quelque part à Galliera il y a ce manteau pour Sonia

Quelque part au musée Galliera il y a ce manteau.

Créé par Martin Margiela en 2010, il célèbre une déesse à l’opulente chevelure couleur du feu.

Feue est désormais Sonia Rykiel.

Par un effet de synecdoque évident tant c’est naturel, une image apparaît. Le dispositif rend compte à quel point la créatrice était une figure de l’imaginaire collectif à qui ses pairs n’ont eu de cesse de rendre hommage.

Non loin derrière ce spectre trône son petit pull à rayures multicolores, un autre de ses attributs pontificaux.

Sonia Rykiel était, à bien des égards, particulière. On se souvient.

Le manteau de Martin Margiela en hommage à Sonia Rykiel, illustration © Araso
Le manteau de Martin Margiela en hommage à Sonia Rykiel, illustration © Araso

L’exposition Anatomie d’une collection est prolongée au Palais Galliera – Musée de la Mode de la Ville de Paris jusqu’au 12 Février 2017 avec de nouvelles pièces dont un hommage à Sonia Rykiel. En mai dernier nous en parlions ici.


René Magritte, illustration Araso

Magritte, l'imaginaire et la construction des images

Que ferait Magritte aujourd’hui que les images prolifèrent, reflétant nos egos plutôt que nos imaginaires et constamment soumises à l’approbation de l’autre ?

Magritte le pubard, l’illustrateur, le poète, sculpteur du lac des cygnes, maître absolu ès construction d’images et cultivateur d’univers, contemplerait sans doute notre monde le sourire aux lèvres et l’œil taquin.

Il nous apprendrait la syntaxe de l’imaginaire, nous montrerait comment introduire une clé dans une serrure et une girafe dans un verre.

Dépositaire des secrets du Rêve du dormeur et de ceux des troublants Habitants du Fleuve (1926), architecte de ses propres codes de la beauté (Les Six Eléments, 1929), il tiendrait des conférences sur le Principe d’Incertitude à l’ère d’Instagram et irait boire des verres avec Raymond Hains ressuscité et Bertrand Lavier.

Il nous enseignerait comment jouer, s’amuser et exister hors du regard des autres. Puisque que les images qu’on fabrique nous trahissent en dépit des apparences.

Illustration © Araso


"Ceci n'est pas René Magritte" by Araso, en direct du Centre Pompidou Paris
« Ceci n’est pas René Magritte » by Araso, en direct du Centre Pompidou Paris

René MagritteLa Trahison des Images
Jusqu’au 23 Janvier 2017
Centre Pompidou Paris, informations pratiques ici
Tous les jours de 11h à 22h sauf les mardis.