Hammer Museum, Made in L.A.: et notre (vrai) gagnant est...

Quand nous vîmes l’exposition au nom qui écorche les lèvres: Made in L.A. 2016: a, the, though, only, au Hammer Museum à LA, nous votâmes pour le Mohn Public Recognition Award. Depuis, Kenzi Shiokava et son installation totémique archaïque ont remporté le prix (25 000 $).

C’est pourtant la série Untitled du cinéaste Arthur Jafa qui nous as subjugués. Le quinquagénaire a commencé à découper des images dès 1990 et à les compiler dans des classeurs. A priori elles n’ont rien à voir entre elles. Pourtant… Un fil rouge se dessine, qui à lui seul résume et explique le monde.

The Lost City de Daniel R.Small est une salle entièrement dédiée à une fouille «archéologique» du plateau des 10 commandements de Cecil B. DeMille, tourné en 1923. Elle met en perspective la relation qu’a la culture américaine à son histoire, vieille d’à peine quelques siècles et c’est génial.

L’installation de briques de Rafa Esparza happe par sa force et sa mélancolie, avec sa mise en scène des vestiges d’une civilisation brûlée vive.

Photographies © Araso


Pratique:

Exposition Made In L.A. jusqu’au 28 Août
Hammer Museum
10899 Wilshire Boulevard
Los Angeles, CA 90024
+1(310) 443-7000

Entrée gratuite

Horaires:

Fermé le Lundi
Du Mardi au Vendredi 11 h-8 h
Samedi et Dimanche 11 h-5 h

NB: Faire absolument un détour par la boutique du Hammer, l’une des meilleures au monde, avec une sélection ultra-curatée de produits très soigneusement choisis.   


Le Bagdad Café, Californie, sur la Route 66 © Araso

Rendez-vous au Bagdad Café

De passage en Californie, un détour par la fameuse route 66 nous mène au Bagdad Café, lieu de tournage du film éponyme. Un film mythique, un café légendaire qui n’est en réalité pas le « vrai » Bagdad Café.

L’histoire du film se déroule à Bagdad en Californie, dans le comté de San Bernardino. Bagdad est aujourd’hui l’un de ces nombreux villages fantômes aux abords de la route 66, et il n’a jamais eu de café.

Pour les besoins du film de 1987, l’équipe a dû trouver un lieu. C’est au Sidewinder café, situé 52 miles plus à l’Est sur la route 66, à Newberry Springs, toujours dans le comté de San Bernardino que le film a été tourné.

Sidewinder est le nom donné au serpent du désert. Depuis le film, le Sidewinder café a été rebaptisé le Bagdad Café. Andrée, qui tient l’établissement, nous salue en français. Les Français constituent 75% de sa clientèle, grâce à l’engouement pour le film.

La preuve est donnée par les murs punaisés d’une quantité hallucinante de photos d’identité signées, pass navigo et t-shirts laissés en souvenir.

Visuels © Araso


Agnès Varda, illustration par Araso

L'interview d'Agnès Varda à la Fondation Cartier

«+ de Signes» est une rubrique dédiée aux formats plus longs.

Cette interview qu’Agnès Varda nous accordée en exclusivité lors du vernissage de l’exposition Le Grand Orchestre des Animaux à la Fondation Cartier ne pouvait tenir en 800 caractères. L’ambiance était électrique, vous en entendrez le fond sonore en arrière-plan de cette voix que l’on ne présente plus.

Dans les jardins de la Fondation, une oeuvre: Le Tombeau de Zgougou. A l’intérieur d’une cabane, une vidéo est projetée en hommage à un animal visiblement très aimé et disparu. Agnès Varda nous parle de ce travail de souvenir, du deuil et évoque la symbolique de la recherche sur les animaux. 


Pourquoi c’est important, aujourd’hui, Agnès Varda, d’aimer ses animaux et de s’en souvenir ?

Par rapport à cette exposition où c’est plutôt l’étude des animaux, de leurs bruits, de leurs sons, on a affaire à des scientifiques très pointus. Vous avez vu celui qui s’occupe des planctons ? Ce Bernie extraordinaire qui va, tout seul, capter des sons, et qui photographie ? C’est très étrange que la science, la biologie, l’acoustique aient pris ce parti de s’occuper des bêtes. Les bêtes au fond, pour la plupart des gens, c’est une autre race, c’est mythique ou bien c’est familier. C’est très drôle car à côté de tous ces scientifiques, ils ont pensé que j’avais fait un tombeau pour mon chat. Vous êtes allée à la cabane ?

Oui.

J’ai construit la cabane et j’ai mis le tombeau du chat.

Et je suis très heureuse car c’est peut-être la chose la moins scientifique, la moins réfléchie, c’est peut-être la seule chose complètement simple et directe que les gens ont.

J’ai vu une dame qui pleurait hier, en le regardant. Et je connais des enfants qui ont pleuré en regardant ça. Et pourtant c’est très simple, c’est vraiment très simple.

Comme tout le monde, on enterre les petits animaux dans le jardin – tout le monde a fait ça. Parce que je suis cinéaste, vidéaste, artiste, je voulais trouver une forme. Alors on a fait cette animation avec des coquillages et des fleurs, image par image d’une façon archaïque. Et je trouve que cela va bien avec le chat, qui était une chatte. Et on voit des images de la chatte. Donc voilà, ci-gît Zgougou, c’est ça la vidéo.

Le travail qui a été fait sur le film date de 2006, vous l’avez donc repris.

Il existe une vidéo, mais on voulait la mettre de façon pérenne. J’ai demandé si on pouvait fabriquer une cabine dans le jardin, une cabane. Il ne fallait pas acheter une cabane d’outils, donc je l’ai faite moi-même –enfin, pas toute seule. J’ai créé cette cabane un peu rustique. Elle va bien, là ?

Elle est très bien.

Et puis j’ai demandé au jardinier de planter un choisya. Les plantes qui sont là, je les ai aussi demandées. J’ai été contente de créer un coin où les gens vont, ou ne vont pas. C’est très bien fait car c’est tout à fait rustique, et on a cette étanchéité, de l’aération pour la projection. Il y a un type formidable qui s’appelle Gérard Chéroux qui a fait toute la technique pour que ça n’ait l’air de rien mais que ce soit bien. Je suis très heureuse pour lui.

Il est vrai que c’est très émouvant puisqu’on entre dans cette petite cabane, que j’ai d’abord vue vide…

Maintenant elle est bien. Vous êtes venue il y a longtemps ?

Je suis venue il y a longtemps et elle était vide.

Il faudrait repasser parce que l’on a corrigé la vidéo.

J’y suis retournée aujourd’hui.

Ha ! Elle est bien la vidéo ?

Elle est très très bien !

Je suis très heureuse.

Et donc il y a plusieurs phases. Est-ce que cela correspond aux phases du deuil ?

Il y a surtout la distance que l’on prend. Avec les choses, avec les morts.

Vous avez des animaux aujourd’hui ?

Trois chats : deux chattes et un chat. Mais je ne voulais pas venir avec eux. On me l’avait proposé. Non, ils sont là, ils ont un petit jardin, je n’habite pas loin. J’ai un jardin, enfin, une cour pleine d’arbres, et les chats sont bien.

Est-ce que vous pensez que le travail qui a été fait par Bernie Krause, un travail qu’il a entamé il y a déjà de nombreuses années, va avoir un impact à force de s’agréger à d’autres ?

Je pense que cela intéresse en premier lieu les scientifiques, tous ceux qui passent leur vie à essayer de comprendre la vie. La vie des autres, la vie des animaux, les sons. C’est extraordinaire cette maniaquerie sur les sons. Mais je pense que cela oblige les gens à faire un cran de curiosité, pas simplement sur ce que l’on dit tout le temps. Je trouve que le passage par la science nous ouvre les yeux grands.

Merci beaucoup, Agnès Varda.

Son et illustration © Araso

 


8 rue Saint-Bon, 75004 Paris

Wade Guyton et le culte de l'image unique

En 2016, proposer une seule et unique image montée en exposition tient plus que de l’audace ou de l’arrogance : c’est une profession de foi.

L’éloge du seul, du peu, de la profondeur, ici ce n’est pas du marketing. Wade Guyton vit et travaille à New York. Né en 1972, il fait partie d’une génération d’artistes qui met en question la production des images à l’ère du numérique.

Après les Black Paintings, il choisit le mur de son atelier pour seul horizon. Toujours avec d’immenses imprimantes à jet d’encre, il le copie et le colle à très grande échelle. Dans l’espace démesuré du Consortium de Dijon, l’image finit par s’user. Délavée, elle mue littéralement dans la rétine de celui qui la regarde. Ce sont des champs et des maisons que l’on voit dans ces contre-impressions de bleu.

Monochromie, elle devient une forme vectorisée, un logo duplicable à volonté. Décomposée jusqu’au moindre pixel elle devient complètement anonyme.

Inutile d’essayer de glaner des clichés sur la toile : l’expérience est à vivre sur place.

Wade Guyton, au Consortium de Dijon jusqu’au 25 Septembre 2016

Visuels © Araso


Corinne Marchand est Cléo

Revoir «Cléo de 5 à 7» d'Agnès Varda

Paris, années 1960, un 21 juin, solstice d’été. Le jour le plus long. Cléo, jeune chanteuse, vit dans le Montparnasse des artistes avec sa cour. Ce soir, un coup de téléphone lui apprendra si elle a un cancer. Cléo attend.

Agnès Varda dira de Corinne Marchand qu’elle est à la perfection « ce thème magistral de toute la vie et de toute la peinture : la beauté et la mort. »

Beauté froide sur fond d’été chaud et de guerre d’Algérie dans le Paris arty. Nostalgie d’une époque chez une génération qui ne l’a pas connue.

Michel Legrand en répétiteur effronté, au chant et au piano.

Dorothée, l’amie qui pose nue pour des artistes, aura cette réplique sur l’adoration : « au fond, aimer ça suffit et puis c’est plus pratique pour parler ».

Antoine au Parc Montsouris de 18h12 à 18h15 dira à Cléo qu’il préférerait mourir d’amour que mourrir à la guerre.

« Oh, vous avez une jolie bague.
– C’est une perle et un crapaud
– Vous, et moi. »

C’est fou la beauté que peut contenir le hasard d’une rencontre.

Visuels extraits du film.


ALEX KATZ - GALERIE THADDAEUS ROPAC

Alex Katz: un monument de l'art contemporain à Thaddaeus Ropac

La galerie Thaddaeus Ropac – Marais accueille Alex Katz, monument de l’art contemporain et révèle certaines de ses œuvres récentes dans l’exposition New Landscapes. Les paysages grands format que Katz peint depuis les années 90 sont bien mis en valeur par le large espace d’exposition dont bénéficie la galerie tandis que le premier étage dévoile des esquisses (de paysage également) et un portrait.

Puisque l’exposition se concentre sur un seul aspect de son travail, il n’y a pas grande variété d’œuvres ni grande quantité ce qui me laisse personnellement un brin sur ma faim, mais rien d’étonnant ici puisque Alex Katz est à l’honneur également à la Serpentine Gallery de Londres.

Le travail d’Alex Katz est immédiatement reconnaissable, il peut paraitre simple en apparence, mais ne vous y trompez pas, seul Katz peut produire avec une telle créativité et telle élégance. Le travail de Katz, dont les travaux récents présents à Thaddaeus Ropac, est lumineux, limpide et émouvant.

De son propre aveu Alex Katz peint à partir de sa perception, ce qu’il pense avoir vu, en essayant de peindre le temps présent et cette exposition est une très bonne occasion de pouvoir contempler sa sensibilité.



Alex Katz, NEW LANDSCAPES
05.07.2016 > 01.09.2016

Galerie Thaddaeus Ropac – Marais
7 rue Debelleyme
75003, Paris
Mardi – Samedi, 10h – 19h

Visuel © Thaddaeus Ropac