Corinne Marchand est Cléo

Revoir «Cléo de 5 à 7» d'Agnès Varda

Paris, années 1960, un 21 juin, solstice d’été. Le jour le plus long. Cléo, jeune chanteuse, vit dans le Montparnasse des artistes avec sa cour. Ce soir, un coup de téléphone lui apprendra si elle a un cancer. Cléo attend.

Agnès Varda dira de Corinne Marchand qu’elle est à la perfection « ce thème magistral de toute la vie et de toute la peinture : la beauté et la mort. »

Beauté froide sur fond d’été chaud et de guerre d’Algérie dans le Paris arty. Nostalgie d’une époque chez une génération qui ne l’a pas connue.

Michel Legrand en répétiteur effronté, au chant et au piano.

Dorothée, l’amie qui pose nue pour des artistes, aura cette réplique sur l’adoration : « au fond, aimer ça suffit et puis c’est plus pratique pour parler ».

Antoine au Parc Montsouris de 18h12 à 18h15 dira à Cléo qu’il préférerait mourir d’amour que mourrir à la guerre.

« Oh, vous avez une jolie bague.
– C’est une perle et un crapaud
– Vous, et moi. »

C’est fou la beauté que peut contenir le hasard d’une rencontre.

Visuels extraits du film.


Les danseurs de l'Opéra, en coulisses

Le jour où William Forsythe m'a réconciliée avec la danse classique

Je n’aime pas la danse classique. Je n’étais pas allée à l’Opéra depuis le Maguy Marin, en avril. Au début de cette saison j’interviewais tout de même Dorothée Gilbert, un amour. Là, je vois enfin le William Forsythe que tout le monde porte aux nues.

Avec Of Any If And je m’endors. Snobs, des mots étroits et inféconds paradent sur scène enfilés comme des perles « Body of texture rare all in nothing ». Même avec Léonore Baulac et Adrien Couvez c’est ennuyeux à mourir.

Approximate Sonata m’emporte. La bombe Alice Renavand déboule en justaucorps noir taquinée par Adrien Couvez. Marie-Agnès Gillot y danse comme une déesse avec ses longues jambes.

Le choc survient avec Blake Works I, création de William Forsythe sur la musique de James Blake. Et là, alerte : beauté, frissons. C’est sensuel, sexy en diable, avec du voguing et des freestyles comme au hip-hop et (incroyable) les danseurs s’amusent !

Ces 25 dernières minutes ont bouleversé mon rapport à la danse académique. Et rien que pour ça, ça en valait la peine.



 

William Forsythe, danse, 2h
A l’Opéra Garnier jusqu’au 16 Juillet
Il reste des places, à partir de 25 euros en ligne le jour-même

Visuels © DR


TOILETPAPER x GL : ils sont fous ces italiens !

Il y a des fois où le marketing a du bon, comme lorsque les Galeries Lafayette invitent le duo barjot de Toiletpaper, aka Maurizio Cattelan qu’on adoooore et son ami le photographe Pierpaolo Ferrari.

Toiletpaper c’est une revue d’art très perchée et un site Internet non moins perché -réalisé par la géniale et très énervante agence de branding milanaise Apart. Hier soir, au vernissage, il y avait donc bien entendu du beau monde – tiens, salut Orlan! pour faire honneur au DJ set de Cassius.

En pratique, ça donne un espace d’exposition au 1er transformé en appart Toiletpaper et on s’y croirait. Les codes du magazine sont apposés partout, doigt levé/statuette de bureau, mains aux rouges à lèvres/miroir, bâtons de prison/saucisson. Certains artefacts ont bien entendu été déclinés en merchandizing car oui, Toiletpaper = art + commerce. S’en suivent vitrines et installation sous la coupole, pour peu que l’on n’oublie pas de lever le nez. Le tout est plutôt très chouette –et gratuit.

Toiletpaper x GL

Aux Galeries Lafayette Paris – Haussmann du 6 Juillet au 10 Septembre 2016


«Rester Vivant» au Palais de Tokyo: welcome chez Michel Houellebecq

«Vous n’avez aucune chance. Continuer? » Des mots pixelisés sur un cliché de désolation nous accueillent dans l’antre, dédale labyrinthique dans le noir.

Après Houellebecq écrivain, réalisateur, Houellebecq photographe curateur d’une exposition ma-vie-mon-œuvre. Entre fiction et biographie, entre essai et anticipation, il parvient à dire furieusement bien cette époque, ses angoisses, ses brèches et la possibilité frontale d’un non-futur.

On y croise Daniel et Esther de La Possibilité d’une Ile à l’état liquide, on y retrouve son chien, son ex-femme, ses potes. Entre une improbable salle dédiée à Clément et les installations dérangées de Combas –géniale La Pièce de Vie, un film intimiste avec la voix-off d’Iggy Pop contraste avec une backroom et son porno. Des parterres de cartes postales renvoient au tourisme de masse de Plateforme tandis que les extraits de La Possibilité d’une Ile réalisé par Houellebecq dessinent un fil rouge.

Pour les adeptes, psychiatres et initiés.

Illustration © Araso

Rester Vivant une exposition de Michel Houellebecq, au Palais de Tokyo du 23 Juin au 11 Septembre 2016.


Cai Guo-Qiang à la Fondation Cartier présente une fresque inédite à la poudre de canon

Les Animaux prennent le pouvoir à la Fondation Cartier

Ce matin, la Fondation Cartier nous dévoilait sa nouvelle exposition ambitieuse, protéiforme et captivante : Le Grand Orchestre des Animaux. Une sélection pointue comme on les aime, qui s’inspire du travail de Bernie Krause, musicien et bio acousticien dont le nom peu connu du grand public s’est pourtant souvent associé à des Doors, Van Morrison, Polanski et autres Coppola.

Aux confins de la musique et de la science, il enregistre les vocalises des animaux et des micro-organismes. Une immersion au sous-sol dans le noir permet de découvrir son travail tandis qu’au rez-de-chaussée scénographie de brique en terre cuite s’associe au bois pour recréer une ambiance agraire.

L’immense fresque de Cai Guo-Qiang y revisite les peintures rupestres à la poudre à canon. Les animaux prennent le pouvoir en peinture, en photographie et vidéo et c’est génial. Dans les jardins, Agnès Varda propose un cinéma intimiste et émouvant dans une cabane. Une exposition ultra-accessible pour tous les publics.



Visuels © Araso

Détails pratiques:

Le Grand Orchestre des Animaux
Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, 261 Boulevard Raspail, Paris
2 juillet 2016 > 8 janvier 2017
Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h
Nocturne le mardi jusqu’à 22h.

 


Metallica for Brioni

Brioni se rachète une conduite Rock avec Metallica

La marque italienne de luxe au masculin Brioni (groupe Kering) a dévoilé hier sa nouvelle campagne avec Metallica pour égérie, dans une photographie ultra-soignée en noir et blanc, statuaire mais pas dénuée d’humour.

On salue le génie marketing de Justin O’Shea, personnalité adorée de la planète mode : un physique de hipster rocker, des tatouages portés en étendard, une petite amie mannequin, Justin surfe sur la vague du cool. Acheteur star du site de e-commerce allemand Mytheresa.com, il a été nommé directeur artistique de la marque ultra-classique de tailleurs pour hommes qui sent bon l’Italie traditionnelle et le savoir-faire très haut de gamme en mars dernier.

Avant Justin, Brioni c’était plutôt ça ou même ça, dans une tentative assez pathétique de faire de l’œil au marché asiatique.  Avec ce repositionnement totalement disruptif à l’attention de sa clientèle de cœur, une idée forte plutôt qu’une une armarda de campagnes ‘social’, Justin a tout compris.

Visuels © Site officiel et compte instagram de la marque, site officiel de Metallica