«Rester Vivant» au Palais de Tokyo: welcome chez Michel Houellebecq

«Vous n’avez aucune chance. Continuer? » Des mots pixelisés sur un cliché de désolation nous accueillent dans l’antre, dédale labyrinthique dans le noir.

Après Houellebecq écrivain, réalisateur, Houellebecq photographe curateur d’une exposition ma-vie-mon-œuvre. Entre fiction et biographie, entre essai et anticipation, il parvient à dire furieusement bien cette époque, ses angoisses, ses brèches et la possibilité frontale d’un non-futur.

On y croise Daniel et Esther de La Possibilité d’une Ile à l’état liquide, on y retrouve son chien, son ex-femme, ses potes. Entre une improbable salle dédiée à Clément et les installations dérangées de Combas –géniale La Pièce de Vie, un film intimiste avec la voix-off d’Iggy Pop contraste avec une backroom et son porno. Des parterres de cartes postales renvoient au tourisme de masse de Plateforme tandis que les extraits de La Possibilité d’une Ile réalisé par Houellebecq dessinent un fil rouge.

Pour les adeptes, psychiatres et initiés.

Illustration © Araso

Rester Vivant une exposition de Michel Houellebecq, au Palais de Tokyo du 23 Juin au 11 Septembre 2016.


Cai Guo-Qiang à la Fondation Cartier présente une fresque inédite à la poudre de canon

Les Animaux prennent le pouvoir à la Fondation Cartier

Ce matin, la Fondation Cartier nous dévoilait sa nouvelle exposition ambitieuse, protéiforme et captivante : Le Grand Orchestre des Animaux. Une sélection pointue comme on les aime, qui s’inspire du travail de Bernie Krause, musicien et bio acousticien dont le nom peu connu du grand public s’est pourtant souvent associé à des Doors, Van Morrison, Polanski et autres Coppola.

Aux confins de la musique et de la science, il enregistre les vocalises des animaux et des micro-organismes. Une immersion au sous-sol dans le noir permet de découvrir son travail tandis qu’au rez-de-chaussée scénographie de brique en terre cuite s’associe au bois pour recréer une ambiance agraire.

L’immense fresque de Cai Guo-Qiang y revisite les peintures rupestres à la poudre à canon. Les animaux prennent le pouvoir en peinture, en photographie et vidéo et c’est génial. Dans les jardins, Agnès Varda propose un cinéma intimiste et émouvant dans une cabane. Une exposition ultra-accessible pour tous les publics.



Visuels © Araso

Détails pratiques:

Le Grand Orchestre des Animaux
Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, 261 Boulevard Raspail, Paris
2 juillet 2016 > 8 janvier 2017
Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h
Nocturne le mardi jusqu’à 22h.

 


Metallica for Brioni

Brioni se rachète une conduite Rock avec Metallica

La marque italienne de luxe au masculin Brioni (groupe Kering) a dévoilé hier sa nouvelle campagne avec Metallica pour égérie, dans une photographie ultra-soignée en noir et blanc, statuaire mais pas dénuée d’humour.

On salue le génie marketing de Justin O’Shea, personnalité adorée de la planète mode : un physique de hipster rocker, des tatouages portés en étendard, une petite amie mannequin, Justin surfe sur la vague du cool. Acheteur star du site de e-commerce allemand Mytheresa.com, il a été nommé directeur artistique de la marque ultra-classique de tailleurs pour hommes qui sent bon l’Italie traditionnelle et le savoir-faire très haut de gamme en mars dernier.

Avant Justin, Brioni c’était plutôt ça ou même ça, dans une tentative assez pathétique de faire de l’œil au marché asiatique.  Avec ce repositionnement totalement disruptif à l’attention de sa clientèle de cœur, une idée forte plutôt qu’une une armarda de campagnes ‘social’, Justin a tout compris.

Visuels © Site officiel et compte instagram de la marque, site officiel de Metallica


Julien-Henri Vu Van Dung pour Thomas Lebrun

Thomas Lebrun réveille l'âme de la Conciergerie

Magie ce soir du 16 Juin à l’ancienne prison du Palais de la Cité. Thomas Lebrun y a recréé son sublime spectacle pour 12 danseurs Où chaque souffle danse nos mémoires conçu pour l’édition 2015 de Monuments en Mouvement.

Après un passage à l’Abbaye du Mont Saint-Michel et l’inoubliable jonglage de Clément Dazin, on était déjà complètement emballés par l’édition 2016 de Monuments en Mouvement. Là, c’est l’apothéose.

Une spectatrice américaine vient me trouver à la fin du spectacle, émerveillée, très émue. Elle est originaire de Philadelphia où son fils, spécialisé en architecture post-traumatique, y construit un mémorial. En découvrant la chorégraphie, elle a été subjuguée par «cette intensité dans le regard des interprètes, qui dit si bien l’histoire qu’ont ces murs». Elle ajoute: «Je ne possédais pas toutes les références, il y a des gestes que je n’ai pas su interpréter. Mais c’était tellement beau, tellement fort… Je ne l’oublierai jamais.»

Video © Araso


Emilie Incerti Formentini dans Rendez-vous Gare de l'Est

Gros coup de coeur pour ce rendez-vous Gare de l'Est

Une fille, une chaise, et c’est un show. Rendez-vous gare de l’Est est un monologue écrit et mis en scène par Guillaume Vincent. La géniale Emilie Incerti Formentini y est cette jeune femme bipolaire depuis 2012, date de sa création à la comédie de Reims.

Tout est dans l’interprétation, cette vie avec une maladie qui fait enchaîner les internements à Saint-Anne, les poignées de lithium, le mari, l’amour fou -littéralement, l’appartement de onze mètres carrés avec toilettes et placard sur le palier. Emilie, le personnage, raconte le rapport à son propre corps, à sa mémoire qui s’effiloche et à aucun moment le texte ne tombe dans le piège du larmoyant.

Et elle est drôle, cette Emilie, et elle a un moral en béton. Le problème avec les dingues, c’est qu’ils ont ces moments d’intelligence rare, de suprême lucidité qui les rendent fascinants.

Enorme coup de coeur pour ce petit bout de femme et cette parenthèse d’intelligence, de finesse et de bonheur.

Rendez-vous gare de l’Est, au Théâtre du Rond-Point

Du 31 Mai au 26 Juin

Visuel © Araso


Anne Teresa de Keersmaeker Illustration

Anne Teresa de Keersmaeker: la leçon de romantisme de "La Nuit Transfigurée"

Qu’est-ce que le romantisme? Passé ou actualité? Pour Anne Teresa de Keersmaeker c’est tout d’abord un plateau nu, une lumière crue comme la lune.

Puis ce sont deux hommes et une femme. Jules et Jim transfigurés par la partition de Schönberg, 1899. Elle lui murmure les larmes aux yeux qu’il n’est pas le père de son enfant.

Elle est trop à l’étroit dans sa robe rose xl aux petites fleurs désuètes. On est fasciné par sa beauté, sa frange coupée au cutter, sa peau pâlichonne et son visage nu. Et quand son partenaire s’anime on est carrément amoureux.

C’est sublime, quarante-cinq minutes de danse extatique qui défilent trop vite devant nos yeux embués. Cette posture où l’homme debout soulève son amante et plaque son visage entre ses cuisses serrées est une image qu’on n’oubliera jamais. On n’est plus au théâtre, on est quelque part au bord d’un lac en Autriche, la nuit.

Le romantisme c’est cet animal sauvage qui rend ivre quand on peut l’apprivoiser.

Illustration © Araso

Anne Teresa de Keersmaeker – La Nuit Transfigurée au Théâtre de la Ville – Paris – Du 7 au 15 Juin 2016