Rocìo Molina dans Caìda del Cielo au Théâtre National de Chaillot, illustration © Araso

Le flamenco anti-genre de Rocìo Molina

Rocìo Molina apparaît en tenue traditionnelle, arborant une traje de flamenca d’un blanc immaculé. Ses gestes sont lents, d’une précision chirurgicale.

Elle se déshabille sous le regard de ses quatre musiciens. Paternels, fraternels, amants ; difficile de dire ce qui se joue entre eux. En costume de matador, elle explose – littéralement. Les muscles tremblent, les doigts claquent et déroulent le mouvement jusqu’au bout des ongles. La concentration est absolue.

La chrysalide quitte ses cocons successifs et se fraye un chemin hésitant entre une force virile et une féminité enfantine et vulnérable. L’imago enfile une robe sanguinolente et la flamenca barbouille le sol avec le liquide rouge qui coule de ses jambes.

Entre folklore et libération, Caìda del Cielo est l’alternance des clichés que la danseuse incarne pour mieux les combattre avec ses armes : une parfaite maîtrise de son art et un (assez mauvais) goût du rock et des harnais SM. Le résultat est éloquent.

Il n’est écrit nulle part que la tradition doit être un carcan.

Rocìo Molina dans Caìda del Cielo au Théâtre National de Chaillot, illustration © Araso
Rocìo Molina dans Caìda del Cielo au Théâtre National de Chaillot, illustration © Araso

Caìda del Cielo est la dernière création de Rocìo Molina, artiste associée au Théâtre National de Chaillot
A voir du 3 au 11 Novembre 2016


Katerina Andreou in «A Kind of Fierce», illustration © Araso

Katerina Andreou, poétesse punk

Collant noir, sweatshirt jaune, elle se pose sur le plateau comme une petite abeille. Des néons en rang militaire et un micro suspendu la tête en bas forment le cube noir où Katerina Andreou promène son mini gabarit, entre le silence et la musique expérimentale d’Eric Yvelin.

La danse est anguleuse. A voir Katerina traverser le plateau de long en large sur fond de mitraillettes, on pense aux ballets de guerre de Marie Chouinard. Au théâtre, on serait chez les Peeping Tom: le corps arc-bouté sur chevilles laxes leur semble directement emprunté.

Lolita dégénérée, c’est avec son front et ses cheveux que Katerina parle dans le micro, avant de s’emparer de baguettes de percussion pour aller piquer des hannetons imaginaires. Humour, comique de répétions, son phrasé est celui d’un poète beatnik.

Est-elle la fille cachée de Patti Smith ? Même crinière hirsute, même expression impassible, même fougue. Ce mélange de poésie décalée dans un langage de charretier sur guitare électrique fait sonner les mêmes accords.

Hallef***lujah.

Katerina Andreou in «A Kind of Fierce», illustration © Araso
Katerina Andreou in «A Kind of Fierce», illustration © Araso

Katerina Andreou a dansé A Kind of Fierce les 4 et 5 Novembre au CDC Atelier de Paris.

Cette création 2016 a été programmée au Festival ImpulzTanz à Vienne l’été dernier, partie [8:tension], et a reçu le Prix Jardin d’Europe qui récompense la jeune création chorégraphique.


Olivia Csiky Trnka est Anaïs Nin dans «A comme Anaïs», mes Françoise Courvoisier, Illustration © Araso

La passion épistolaire : A comme Anaïs

« Pour dialoguer il faut du temps. C’est ce qui est en train de disparaître, plus personne n’a de temps pour rien. » Ainsi parlait Wim Wenders hier matin sur France Inter.

Du temps, ces deux-là en ont pris, beaucoup : Anaïs Nin et Henry Miller se sont écrit durant plus de trente ans, laissant derrière eux un monument épistolaire. Etrangement, il semble que personne avant la metteure en scène Suisse Françoise Courvoisier n’ait songé à l’adapter au théâtre.

Créée en 2013 au Poche à Genève, la pièce est portée par les incarnations plus vraies que nature de Frédéric Landenberg en Miller fou et intense et Olivia Csiky Trnka sublime en amoureuse de l’esprit du sexe et des lettres. A comme Amour, Appétit de vivre. A comme Anaïs.

Emboîtant le pas à un art contemporain qui hurle des mots à qui veut bien les lire, cette ode enivrante à l’écriture au délicieux parfum de souffre est une source intarissable d’inspiration. L’écriture façonne la pensée, la main sculpte le geste, le regard contemple dans un bonheur infini.

Olivia Csiky Trnka est Anaïs Nin dans «A comme Anaïs», mes Françoise Courvoisier, Illustration © Araso
Olivia Csiky Trnka est Anaïs Nin dans «A comme Anaïs», mes Françoise Courvoisier, Illustration © Araso

A comme Anaïs avec Olivia Csiky Trnka et Frédéric Landenberg
Manufacture des Abbesses
Le dimanche à 20h
Du lundi au mercredi à 21h
Jusqu’au 21 Décembre 2016

 


Cahier #1 : la FIAC redonne au mot ses lettres de noblesse

Cette année, la FIAC débordait de mots jusque sur l’avenue du Président Wilson, fermée à la circulation. Pour l’occasion, Lawrence Weiner et Jacques Villeglé l’ont auréolée d’une signalétique absurde à la Lewis Carroll (« On Above Up Sur Dessus du Haut ») et du produit géant d’un clavier qui n’écrit plus qu’en symboles.  

A l’intérieur, les mots s’apposaient partout : sur les toiles, les photographies, les barres en métal, les néons.

Edifiante (Lawrence Weiner), détournée (Laure Prouvost), encrée (Gilles Barbier) ou éplorée (William Pope.L) la lettre était ce fil ténu aux confins de l’art conceptuel et du graphisme, deux domaines largement représentés cette année.  

Marre des images ? Besoin de parler ? Besoin de sous-titres ? Besoin de sens ? 

Que faut-il voir dans cette course à lettre mi-révolution iconographique mi-revendication ? 

Laurence Weiner @ Galerie Pietro Sparta, FIAC 2016, © Araso
Laurence Weiner @ Galerie Pietro Sparta, FIAC 2016, © Araso

L’imminence de l’arrêt sur image

Bientôt un Instagram des mots ? C’est le parti pris, et ce depuis les débuts du réseau, par Hans Ulrich Obrist, l’un des commissaires d’exposition et critique d’art les plus influents, directeur des projets internationaux de la Serpentine Gallery à Londres.

Le langage, dernière trouvaille pour « arrêter le pouce », comme on dit en jargon Instagram ? Peut-être.

Le mot, la phrase, la langue écrite possède à la fois un caractère suffisamment immédiat et complexe pour arrêter le promeneur, à la FIAC ou sur les réseaux. La FIAC, avec son orgie de galeries (186) et d’œuvres, n’est pas un lieu pour âmes sensibles. Difficile d’y voir clair dans ses dédales alors oui, les écrits se démarquent, arrêtent, rassurent.

Yael Bartana, Black Stars shed no light, 2014 @ Galerie Raffaella Cortese FIAC 2016. Image © Araso
Yael Bartana, Black Stars shed no light, 2014 @ Galerie Raffaella Cortese FIAC 2016. Image © Araso

Car s’il est un medium qui abolit les barrières à l’entrée du monde de l’art –du moins en apparence, c’est le mot. Peu importe la connaissance ou les références des uns et des autres, a priori tous ceux qui sont arrivés là savent lire. Et le capital sympathie de l’œuvre écrit a de quoi apprivoiser du plus timoré au malheureux trainé là de force.

Paradoxalement, s’il possède un caractère instantané, l’écrit oblige aussi à s’arrêter. Lire, et non pas voir. Là où l’image multiple et protéiforme glisse nonchalamment sur la rétine saturée, la phrase est lue, digérée, suscite une réaction. Le verbe est une réponse à la prolifération des images, qui les rend illisibles.

Joseph Kosuth @ Galerie Almine Rech, FIAC 2016 Image © Araso
Joseph Kosuth @ Galerie Almine Rech, FIAC 2016 Image © Araso

L’écrit sous toutes ses formes

L’écriture manuscrite, ludique et presque enfantine chez Fabrice Hyber, documentaire chez Roni Horn, monacale chez Gilles Barbier qui travaille ses gouaches comme des enluminures, ou scolaire chez Atul Dodyia qui rend hommage à Tristan Tzara sur un tableau noir, est à la fois un outil pédagogique, un instrument d’émancipation et de développement cognitif.

Comme l’explique Marie-Thérèse Zerbato-Poudou, Docteur en sciences de l’Education l’écriture est « la mise en évidence du rôle du langage pour construire la pensée » la relation entre la pensée et la trace. Geste intime dans l’œil du graphologue, le trait est révélateur. Pour Fabrice Hyber, « le monde ne peut être appréhendé que comme un questionnement ».

Fabrice Hyber, Invention du Vitral 2, 2016, @ Galerie Nathalie Obadia, image © Araso
Fabrice Hyber, Invention du Vitral 2, 2016, @ Galerie Nathalie Obadia, image © Araso

En graphisme, la typographie est un manifeste. Souvent reliée à l’engagement politique, elle devient instrument de propagande et de pouvoir. Certaines polices sont devenues iconiques. Leigh Ledare (chez Mitchell-Innes & Nash) exhume des planches du New York Times et en fait de l’art.

Lorsqu’elle est performative, l’écriture est une fin en soi, objet d’art en tant que telle (William Pope L.). Comme l’écrit dès 1969 Joseph Kosuth, éditeur de la revue Art et Langage, « l’utilisation du langage du monde de l’art » peut suffire à faire de l’art.

William Pope L., Crying Painting 2016 (detail), @ Galerie Mitchell-Innes & Nash © Araso
William Pope L., Crying Painting 2016 (detail), @ Galerie Mitchell-Innes & Nash © Araso

A noter cette année, la présence ultra-discrète des graffitis du street art. Embourgeoisé et surexposé à grand renfort de collaborations avec de grandes enseignes (JonOne x Guerlain, Mambo x Goyard, Pro176, Nasty et Tanc x Monoprix, etc.) le street art semble enregistrer une chute de désirabilité.

Cependant, Murakami dessine à la bombe les cercles du zen, sprayés en noir sur une toile blanche chez Perrotin, qui se prolongent sur des crânes. Et c’est une photographie et non un graf de JonOne que la même galerie a choisi de montrer sur son stand intégralement en Noir et Blanc.

©2015 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Galerie Perrotin
©2015 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Galerie Perrotin

Définir un concept : au commencement était l’idée

L’art conceptuel est précisément cette affirmation de la primauté de l’idée sur la réalisation. Appliqué à une logique de création commerciale, comprenez : ayez un concept fort, la diffusion suivra. Interrogés par des marques sur des questions de communication digitale, nous leur répondons invariablement que se faire remarquer est avant tout une question de fond. En d’autres termes, l’esthétique est à dissocier du fond, et malheur à ceux qui, dans leur communication, se concentreront sur l’effet au détriment du sens.

Lawrence Weiner, Transferred/Transféré, 1970 @ Galerie Jan Mot, image © Araso
Lawrence Weiner, Transferred/Transféré, 1970 @ Galerie Jan Mot, image © Araso

L’écrit est le témoin parlant d’un processus créatif muet. Pour Sol LeWitt, tout le cheminement intellectuel du projet avec ses gribouillis, ses esquisses et ses repentirs a plus de valeur que l’objet présenté.

C’est d’ailleurs l’angle choisi par Lawrence Weiner dans ses phrases. Ce sont des titres d’œuvres qu’il a réalisées dans son atelier, sans les communiquer au public, et qu’il transmet en donnant naissance à une nouvelle matérialité de l’œuvre. La couleur, le format, la dimension sont déterminés par le commanditaire, qui devient partie prenante du processus créatif. Le mot « Transféré » en lettres capitales noires massives sur un mur blanc happe le visiteur aux abords du stand de la galerie Jan Mot (Bruxelles, Mexico).

La FIAC, Grand Palais, Conversation Room. Image © Araso
La FIAC, Grand Palais, Conversation Room. Image © Araso

Les conversations sont l’un des fondements processus créatif qui sont particulièrement mis en lumière cette année. Si Ian Wilson les cristallise dans son travail sur les cartons d’invitation (There was a discussion at 16-18 rue Littre, Paris 1974), dès 1969, le groupe Art & Language, fonde son activité -également appelée ses « conversations », sur une recherche des relations entre théorie et pratiques artistiques.

La FIAC s’approprie le concept en inaugurant un espace de Conversation sur les relations entre art et sciences, art et architecture, art et diplomatie.

La poésie, futur de l’art contemporain ?

Chez Jurgen Klauke, les mots de la semaine apposés à la machine à écrire sur des photographies sombres forment une poésie rythmée par l’isolement et l’étrange (à la galerie Thomas Zander, Cologne)

© Jürgen Klauke / VG Bild-Kunst, Bonn 2016, courtesy Galerie Thomas Zander, Köln
© Jürgen Klauke / VG Bild-Kunst, Bonn 2016, courtesy Galerie Thomas Zander, Köln

Ailleurs, il est difficile de passer à côté du travail de Laure Prouvost, représentée par Nathalie Obadia à Paris et Bruxelles et Carlier | Gebauer à Berlin. L’artiste française installée à Londres est la lauréate du prix Turner 2013. Le Consortium de Dijon vient de lui consacrer une exposition solo, qui s’est achevée le 26 Septembre dernier.

Laure Prouvost @ Galerie Carlier | Gebauer, Image © Araso
Laure Prouvost @ Galerie Carlier | Gebauer, Image © Araso

Si elle se défend d’être poétesse, Laure Prouvost est indéniablement une conteuse d’histoires hors du commun. Elle ne crée pas des fictions, elle substitue à la réalité une autre réalité : la sienne, avec son univers idiosyncrasique. Son exposition au Consortium de Dijon était une imbrication d’histoires, indépendantes ou non, un rébus à déchiffrer dans le noir, un parcours jonché de framboises à picorer et de lettres à ramasser.

Laure Prouvost @ Galerie Nathalie Obadia, Image © Araso
Laure Prouvost @ Galerie Nathalie Obadia, Image © Araso

Son arme ? Des jeux de mots en forme de panneaux d’orientation texte blanc, police sobre sur fond noir vernis : « In the dark this sign wishes to show you the way » ou « You are gauing in ve rong direction » , 2016. Ses cartels font des objets du quotidien des performances artistiques. Ainsi le panneau « This butterfly died here to be looked by you »  légende un podium sur lequel un papillon a été cruellement épinglé. La pomme sous-titrée « This apple here has the power to turn everything here into moldy dust » propose une autre réalité pour l’objet familier, dans la droite lignée d’un René Magritte.

Coup de pub ou acte politique ?

Qui dit « écrit » dit « slogan », qui dit « slogan » dit « publicité », qui dit « publicité » dit « consommation », qui dit « consommation » dit « Pop art ». L’écrit flirte avec le Pop art et le quotidien des objets.

Lucy Mc Kenzie travaille sur la carte et le territoire (Galerie Buchholz, Berlin, New York).

Annette Kelm dépose des feuilles sur des billets de 1 dollar (König Galerie, Berlin).

Stand intégralement DADA chez GDM, Paris. Image © Araso
Stand intégralement DADA chez GDM, Paris. Image © Araso

Les Silver Clouds d’Andy inspirent les Magi© Bullets au collectif d’artistes canadiens General Idea (1992), qui a marqué l’art conceptuel dès la fin des années 1960, représentés par Esther Schipper / Johnen Galerie (Berlin).

Le graphisme fait un retour en force, dans une veine proche du Bauhaus avec K.P. Brehmer chez Vilma Gold (Londres) ou comic strip chez Francesca Pia (Zürich) avec Here here de Rochelle Feinstein où des fleurs poussant des cris dans des bulles de bande dessinée. Son « Yes yes » est un appel à un we can déjà presque suranné.

Barbara Kruger, Untitled (Project for Dazed and Confused) 1996, Courtesy of Gallery Sprüth Magers
Barbara Kruger, Untitled (Project for Dazed and Confused) 1996, Courtesy of Gallery Sprüth Magers

Chez Barbara Kruger, dont la galerie Sprüth Magers (Berlin) expose plusieurs de ses Untitled, (Project for Dazed and Confused), 1996/2015, les codes de la presse ont été érigés en signature esthétique. Des slogans concis et vifs en caractères d’imprimerie sont apposés en blanc sur fond rouge sur des montages photos. Ces légendes sont des manifestes qui abordent des sujets sociétaux comme les rapports homme/femme, les stéréotypes sociaux et de genre et la religion du tout-consommation. Résidente de Los Angeles, elle dit vouloir remettre en question le rapport aux images, aux codes établis, aux dogmatismes véhiculés par la presse ou la publicité.

A la FIAC, il était donc écrit partout en noir sur blanc, blanc sur noir ou blanc sur rouge, que l’art n’entend pas céder à la logique du «tout pressé». Pied de nez au consommateur fainéant et avide, le texte parle et raconte :

  • La fin du tout-à-l’image ;
  • La renaissance d’une conscience politique ;
  • La nécessité d’un sentiment collectif ;
  • Le besoin de se réapproprier l’acte de pensée.

© 800 Signes 2016. Plus de développements : nous consulter.

Téléchargez le Cahier au format PDF. 


Maurizio Cattelan, Not Afraid of Love, Monnaie de Paris

Maurizio Cattelan, le roi de l'immédiateté

A 46 ans, Maurizio Cattelan est l’un des artistes vivants les plus collectionnés au monde. La Monnaie de Paris lui offre actuellement sa première rétrospective d’envergure en Europe : « Not Afraid of Love ».

A quoi tient le succès de Maurizio Cattelan, l’« iconoclaste », « avant-gardiste » et « provocateur » ?

Maurizio Cattelan, Sans titre, 2007, Not Afraid of Love, Monnaie de Paris Octobre 2016
Maurizio Cattelan, Sans titre, 2007, Not Afraid of Love, Monnaie de Paris Octobre 2016

Une déambulation dans les salons de la Monnaie donne envie de répondre par l’extrême immédiateté de son travail. N’importe quel public est capable de percevoir, quelles que soient sa sensibilité et sa culture, ce cheval encastré dans un mur laissant entrevoir par deux portes un parterre de gisants comme une image d’une intensité absolue. Cette famille de chiens couvant un poussin incarne la figure rassurante de la mère et la sévérité du père. Cet enfant crucifié sur les bancs de l’école devient la part de désillusion vécue par tous, à différents degrés. Maurizio et son double allongés sont deux neurones miroirs surgis d’un cauchemar.

Le travail de Maurizio frappe comme un poing en plein visage, remue, émeut, bouscule. Il est parfaitement remarquable.

Visuels © Araso

Not Afraid of Love, à la Monnaie de Paris jusqu’au 8 Janvier 2017.

Maurizio Cattelan, Sans titre (Gérard), 1999, Not Afraid of Love, Monnaie de Paris Octobre 2016
Maurizio Cattelan, Sans titre (Gérard), 1999, Not Afraid of Love, Monnaie de Paris Octobre 2016

Maurizio Cattelan est sorti au printemps 2016 d’une retraite créative de 5 ans, pour exposer un trône d’or dans les toilettes publiques du musée Guggenheim à New York intitulé «America».

Il est l’éditeur des magazines Permanent FoodCharley et Toilet Paper.


Lucinda Childs : dans les pas d'une légende

Est-ce parce qu’elle résume à elle seule Philip Glass, Robert Wilson et Sol LeWitt réunis ?

Est-ce parce qu’à 76 ans, sa silhouette gracile et son port altier l’affranchissent de l’espace et du temps ?

Lucinda Childs règne avec discrétion et humour sur la danse. Sa pièce sobrement intitulée « Dance » (1979), revue ce mois-ci au Théâtre de la Ville, est devenue un classique, dont même vu mille fois on ne se lasse pas.

A la Commune d’Aubervilliers, assise au premier rang, Lucinda impassible regarde ses danseurs exécuter ses Early Works. Rigueur de la répétition, fluidité du geste : la concentration est absolue. Elle a elle-même, plus tôt dans la soirée, donné un magnifique texte de Susan Sontag dans Description (of a description) au CND de Pantin. Sur scène, elle est encore plus souveraine.

Est-ce une question de pugnacité ? De don ? De vision de son temps et du monde ? De choix du medium ?  De contemporanéité ?

Qu’est-ce qui fait une légende ?

Il y a ceux qui écrivent. Il y a ceux qui inventent la grammaire.



Lucinda Childs fait l’objet d’un portrait par le Festival d’Automne à Paris.