René Magritte, illustration Araso

Magritte, l'imaginaire et la construction des images

Que ferait Magritte aujourd’hui que les images prolifèrent, reflétant nos egos plutôt que nos imaginaires et constamment soumises à l’approbation de l’autre ?

Magritte le pubard, l’illustrateur, le poète, sculpteur du lac des cygnes, maître absolu ès construction d’images et cultivateur d’univers, contemplerait sans doute notre monde le sourire aux lèvres et l’œil taquin.

Il nous apprendrait la syntaxe de l’imaginaire, nous montrerait comment introduire une clé dans une serrure et une girafe dans un verre.

Dépositaire des secrets du Rêve du dormeur et de ceux des troublants Habitants du Fleuve (1926), architecte de ses propres codes de la beauté (Les Six Eléments, 1929), il tiendrait des conférences sur le Principe d’Incertitude à l’ère d’Instagram et irait boire des verres avec Raymond Hains ressuscité et Bertrand Lavier.

Il nous enseignerait comment jouer, s’amuser et exister hors du regard des autres. Puisque que les images qu’on fabrique nous trahissent en dépit des apparences.

Illustration © Araso


"Ceci n'est pas René Magritte" by Araso, en direct du Centre Pompidou Paris
« Ceci n’est pas René Magritte » by Araso, en direct du Centre Pompidou Paris

René MagritteLa Trahison des Images
Jusqu’au 23 Janvier 2017
Centre Pompidou Paris, informations pratiques ici
Tous les jours de 11h à 22h sauf les mardis.


Manufacture de Sèvres - Illustration Araso

JEP 2016: Sèvres, manifeste vivant pour l'empreinte de la main

Un jeudi matin, fin août. A la manufacture nationale de Sèvres, les artisans s’affairent dans un silence pourtant monacal.

Valérie est directrice de la production et de la création à Sèvres. Comme beaucoup, elle est arrivée à la céramique par hasard et y est restée par passion, par « goût des choses bien faites avec une justesse académique mêlée de sensibilité ». Depuis, d’autres générations ont pris le relai dans la même exigence physique où règnent concentration extrême, résistance aux éléments et sensualité du geste.

Le processus de fabrication, elle le connaît par cœur. Arrivée à Sèvres en tant que peintre, elle milite pour que soit transmis cet exercice de la rigueur tout en réhabilitant « l’empreinte de la main ».

Aujourd’hui elle prend très rarement son pinceau. Sans regret : « le sourcing des matières premières et les contraintes de fabrication sont des sujets absolus ». Valérie commence ses journées à 7h. S’en suivent plusieurs visites aux ateliers, pour que rien ne lui échappe.

Et moi qui m’étonnais qu’elle ne réponde pas à mes emails.

Illustration et images © Araso



Sèvres ouvre pour les Journées Européennes du Patrimoine les 17 et 18 Septembre 2016.

Valérie Jonca et ses équipes accompagneront les visiteurs dans un parcours des ateliers et des coulisses de la manufacture.

Sèvres – Cité de la céramique
2 Place de la Manufacture
92310 Sèvres (France)
Tél. : +33(0)1 46 29 22 00


Noémie Gantier est Liz Norton dans 2666, de Julien Gosselin à l'Odéon

Les leçons des douze heures de 2666

Un obscur écrivain se perd au Mexique où des femmes sont assassinées en série : voici 2666, le roman de Bolaño que Julien Gosselin (Les Particules Elémentaires, 2013) a monté… en 12h.

S’il est loin d’être le seul à avoir la folie des longueurs (Lidell, Jolly, Fabre, Warlikowski, Lupa) pourquoi nous infliger 5 heures d’un ennui mortel pour 3 qui valent le coup et quelques fulgurances ?

Parce qu’à 29 ans à peine, Julien Gosselin, a un sens inouï du conte, ce récit qui prend aux tripes et suspend aux lèvres -inoubliable histoire du taxi pakistanais.

La vidéo, LA tendance au théâtre depuis des années, (van Hove, Castorf, re-Warlikowski, Cassiers) jouit ici d’un traitement cinématographique contrasté, granuleux et sublime, qui construit la folie et fait surgir des corps mutilés déjà présents sur scène -génie de Nicolas Joubert.

La création musicale sur-mesure de Rémi Alexandre et Guillaume Bachelé est hallucinante.

La scénographie d’Hubert Colas sur fond de boîtes coulissantes si elle n’a rien de novateur est totalement démente.

Illustration © Araso


Jusqu’au 16 octobre 2016 aux Ateliers Berthier de l’Odéon, Paris 17e
Texte de Roberto Bolaño adaptation et mise en scène Julien Gosselin / Cie Si vous pouviez lécher mon cœur
avec Rémi Alexandre, Guillaume Bachelé, Adama Diop, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Carine Goron, Alexandre Lecroc-Lecerf, Frédéric Leidgens, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Tiphaine Raffier

Réservez vos places ici.


Pina Bausch, Viktor, Théâtre du Châtelet, Paris, Septembre 2016

Viktor au Châtelet: pourquoi Pina est éternelle

Près de dix ans que Wupperthal voue à Pina un culte fidèle. Les anciens transmettent aux nouveaux un répertoire qu’aucune création n’enrichit. Et saison après saison, le public afflue.

En témoigne Viktor. Un décor en forme de caveau ensevelit vivants ceux qui y dansent. Cette terre si chère à Pina, perpétuel chantier. Julie Shanahan toujours sublime hypnotise en femme sans bras et Cristiana Morganti désopilante offre un salut final étrangement sombre. Dominique Mercy reprend son rôle de Viktor et la jeune génération est portée par Breanna O’Mara, troublante veuve qui hurle sous les décombres, si envoutante qu’on ne voit qu’elle.

Chez Viktor on se marie comme on s’enterre, on croise des femmes fontaines, des couples et des mendiants dans un joyeux bordel vaguement romain sur des musiques improbables.

C’est peut-être ça la recette du succès : cette somme d’interprétations fortes, ces particularismes compilés en tableaux vivants. On voit un spectacle de Pina comme on voit une exposition où n’importe quoi surgit n’importe quand. Et on ne s’en lasse pas.

Illustration © Araso


Viktor, 1986, une pièce de Pina Bausch

Théâtre de la Ville au Théâtre du Châtelet, du 3 au 12 Septembre 2016


Claude Parent, Dessiner la mode, Galerie Azzedine Alaïa Paris

Claude Parent chez Alaïa: l'empreinte au noir

L’empreinte d’une amitié, d’un amour de la mode, d’une présence évanescente, sont ce qui demeure d’une rencontre. L’un est architecte, disparu en février 2016, un mois après son compagnon de service militaire, un certain André Courrèges. Le second est le plus grand couturier vivant.

Qu’est-ce qui les rapproche ? Qu’est-ce qui fait de cet homme, qui préfère les lignes droites, les obliques en argent qui masquent une main qui tremble, un « dessinateur de mode » comme le veut le libellé de l’exposition ? Rien. Ou plutôt tout : une sensibilité et un regard.

Dans de petits cadres noires alignés comme à l’armée, on voit des formes noires profondes comme le jais. Des silhouettes fantômes, à peine suggérées et pourtant sublimes comme les créations d’Azzedine Alaïa, tellement déconcertantes. On y voit des calques et des travaux préparatoires pour révéler, grâce à l’insistance du petit-fils Laszlo Parent, l’émotion et le souffle retenu derrière le crayon frémissant. Et c’est beau.

Visuel © Araso

 

Dessiner la mode 
Exposition des encres de Claude Parent inspirées des créations d’Azzedine Alaïa
Du 2 au 25 Septembre 2016
Galerie Azzedine Alaïa, 18 rue de la Verrerie, 75004 Paris


The Broad: Cindy Sherman, Imitation of Life © Araso

Le premier de la classe : The Broad à L.A.

Pour sa seconde rentrée, Le Broad fait fort. Le nouveau musée d’art contemporain de Los Angeles accueille Cindy Sherman et Yayoi Kusama, invitées de marque de l’une des plus belles collections d’art contemporain du monde.

2000 œuvres de stars du pop’art et de la peinture d’après-guerre : Koons, Hirst, Johns, Lichtenstein, Warhol, Basquiat, Haring, Ruscha, Beuys et l’élève Kiefer. Une salle entière est consacrée à Cy Twombly.

Trait de génie des architectes Diller Scofidio + Renfro, un « voile » alvéolaire surplombe le musée. Au second, des vitres donnent à voir en contreplongée l’unité de stockage des œuvres.

Le couple Broad détient la plus grande collection d’œuvres de Cindy Sherman, objet de la première exposition du Broad : Imitation of Life. L’œil acéré de l’artiste qui teinte tout au vitriol et tord les clichés avec un goût immodéré des travestissements scénarisés. Office Killer, son long métrage de 1997, y est même projeté. Immanquable, si on a le cœur bien accroché.

Visuels © Araso



Entrée au musée, collection permanente: gratuite

Exposition: Cindy Sherman, Imitation of Life, jusqu’au 2 Octobre: 12$ – La plupart des dates sont complètes, réservez vos tickets ici.

Installation Yayoi Kusama: sur réservation en utilisant les IPads sur place, ou à distance mais ce n’est pas très clair.

Adresse: 221 S. Grand Avenue, Los Angeles, CA 90012

Horaires: 

Lundi  |  Fermé
Mardi  |  11 h – 17 h
Mercredi  | 11 h – 17 h
Jeudi  | 11 h – 18 h
Vendredi  | 11 h – 18 h
Samedi  |  10 h – 20 h
Dimanche  | 10 h – 18 h