Quelque part à Galliera il y a ce manteau pour Sonia

Quelque part au musée Galliera il y a ce manteau.

Créé par Martin Margiela en 2010, il célèbre une déesse à l’opulente chevelure couleur du feu.

Feue est désormais Sonia Rykiel.

Par un effet de synecdoque évident tant c’est naturel, une image apparaît. Le dispositif rend compte à quel point la créatrice était une figure de l’imaginaire collectif à qui ses pairs n’ont eu de cesse de rendre hommage.

Non loin derrière ce spectre trône son petit pull à rayures multicolores, un autre de ses attributs pontificaux.

Sonia Rykiel était, à bien des égards, particulière. On se souvient.

Le manteau de Martin Margiela en hommage à Sonia Rykiel, illustration © Araso
Le manteau de Martin Margiela en hommage à Sonia Rykiel, illustration © Araso

L’exposition Anatomie d’une collection est prolongée au Palais Galliera – Musée de la Mode de la Ville de Paris jusqu’au 12 Février 2017 avec de nouvelles pièces dont un hommage à Sonia Rykiel. En mai dernier nous en parlions ici.


COCHLEA, Illustration © Araso

COCHLEA, l’art d’écouter le souffle

Assis comme à la maternelle sur les banquettes de la Ménagerie de Verre, on attend Maguelone Vidal pour un cours d’anatomie. Femme saxo au look de tomboy, en combi de mécano Maguelone apprivoise la mécanique de l’oreille, du corps et du souffle. On découvre et on s’émerveille.

Maguelone Vidal distribue des sphères de bois que l’on parcourt du bout des doigts avant d’y coller son colchea. Elle nous apprend que le souffle y vit comme une membrane qui respire, puis va charmer des tourne-disques comme pour en faire émerger des serpents imaginaires. La sublime création lumière fait chatoyer les couleurs dans l’obscurité, bleu, rouge, blanc, jaune, concerto sur toile expressionniste.

Le chef d’orchestre était médecin avant d’être saxophoniste. Auprès des puristes, elle a acquis une technique en béton armé et a inventé une écriture inédite. Le souffle est un cœur battant, les mots sont murmurés à même le verre, et la poésie, le sensible et le mystique y sont des invités de marque.

COCHLEA, Illustration © Araso
COCHLEA, Illustration © Araso

Performance vue dans le cadre du festival les Inaccoutumés à la Ménagerie de Verre.
COCHLEA, Une histoire intime du souffle à nos oreilles, Maguelone Vidal, les 15 et 16 Novembre 2016 à 20h30

Conception, composition, dramaturgie, interprétation : Maguelone Vidal
Mise en scène / dramaturgie : Eva Vallejo
Mise en corps : I-Fang Lin
Ingénieur du son : Emmanuel Duchemin
Conception lumière : Laïs Foulc
Dispositif scénique : Samuel Aden


Coproud : César Vayssié et Olivia Grandville comme au cinéma

Abattre les cloisons. Ouvrir sur le ciel. Danser sous la pluie.

César Vayssié est vidéaste. Il travaille ses films comme des clips, glisse des images subliminales sur des sons psychédéliques. Avec Coproud, il offre à Olivia Grandville un cadre de cinéma pour un pas de deux hors sol et hors temps. Ils entrent à bord d’une berline qui crache du son et des vapeurs d’essence.

Elle lui montre sa danse, il la suit. Le fond de la scène s’ouvre sur la pluie dans la nuit de Paris, un film dans le film. La BO de ce road-movie c’est People Are People de Depeche Mode « I can’t understand/ What makes a man/ Hate another man/ Help me understand » et le discours d’Obama scandant le « Yes, we can » qui laisse encore croire en ce lendemain d’élection à un mauvais rêve.

Reprenant « help me understand », à bout de souffle, César Vayssié plonge au sol comme pour y ramasser des morceaux d’espoir. Olivia Grandville lui emboîte le pas, puis le dos. Leurs corps ne font plus qu’un.

Ils ne parlent pas la même langue mais ensemble, ils sont indestructibles.

Coproud : César Vayssié et Olivia Grandville comme au cinéma
Coproud, Illustration © Araso

Performance vue à la Ménagerie de Verre en ouverture du festival les Inaccoutumés,  du 8 Novembre au 3 Décembre 2016.
Auparavant en octobre dans le cadre de la FIAC, dans la Cour Carrée du Louvre.


Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza dans «And so you see…» de Robyn Orlin, illustration © Araso

Le plaidoyer pour l'avenir de Robyn Orlin

Quel avenir construisons-nous pour nous-mêmes ? Pour nos enfants ?
A quel point sommes-nous maîtres de notre destin ?

Le performeur inclassable Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza rencontre la chorégraphe engagée Robyn Orlin. Tous deux sont Sud-Africains. Ils racontent leur pays et l’occident à travers le prisme de l’Afrique.

Ibokwe traite son corps en œuvre d’art. Enveloppé de cellophane qu’il déchire à coups de couteau vengeur, il s’empiffre d’oranges éclaboussant scène et public. Paré comme une reine de Nubie, il danse avec Poutine et négocie armes contre diamants, argent contre déchets, etc.  

Ibokwe joue assis dans un fauteuil dos au public mais face caméra. On ne voit que son image projetée en très grand sur le mur du fond. Ce rapport à l’autre fait partie intégrante de la démarche artistique.

Avec ce personnage qui veut être regardé, compris, aimé, admiré, jalousé, Ibokwe et Robyn Orlin montrent les multiples visages d’un pays dont ils dénoncent avec humour la défaillance sur les questions les plus graves.

Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza dans «And so you see…» de Robyn Orlin, illustration © Araso
Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza dans «And so you see…» de Robyn Orlin, illustration © Araso

And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice…
De Robyn Orlin, avec Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza
Au Théâtre de la Bastille à Paris jusqu’au 12 Novembre 2016


Rocìo Molina dans Caìda del Cielo au Théâtre National de Chaillot, illustration © Araso

Le flamenco anti-genre de Rocìo Molina

Rocìo Molina apparaît en tenue traditionnelle, arborant une traje de flamenca d’un blanc immaculé. Ses gestes sont lents, d’une précision chirurgicale.

Elle se déshabille sous le regard de ses quatre musiciens. Paternels, fraternels, amants ; difficile de dire ce qui se joue entre eux. En costume de matador, elle explose – littéralement. Les muscles tremblent, les doigts claquent et déroulent le mouvement jusqu’au bout des ongles. La concentration est absolue.

La chrysalide quitte ses cocons successifs et se fraye un chemin hésitant entre une force virile et une féminité enfantine et vulnérable. L’imago enfile une robe sanguinolente et la flamenca barbouille le sol avec le liquide rouge qui coule de ses jambes.

Entre folklore et libération, Caìda del Cielo est l’alternance des clichés que la danseuse incarne pour mieux les combattre avec ses armes : une parfaite maîtrise de son art et un (assez mauvais) goût du rock et des harnais SM. Le résultat est éloquent.

Il n’est écrit nulle part que la tradition doit être un carcan.

Rocìo Molina dans Caìda del Cielo au Théâtre National de Chaillot, illustration © Araso
Rocìo Molina dans Caìda del Cielo au Théâtre National de Chaillot, illustration © Araso

Caìda del Cielo est la dernière création de Rocìo Molina, artiste associée au Théâtre National de Chaillot
A voir du 3 au 11 Novembre 2016


Katerina Andreou in «A Kind of Fierce», illustration © Araso

Katerina Andreou, poétesse punk

Collant noir, sweatshirt jaune, elle se pose sur le plateau comme une petite abeille. Des néons en rang militaire et un micro suspendu la tête en bas forment le cube noir où Katerina Andreou promène son mini gabarit, entre le silence et la musique expérimentale d’Eric Yvelin.

La danse est anguleuse. A voir Katerina traverser le plateau de long en large sur fond de mitraillettes, on pense aux ballets de guerre de Marie Chouinard. Au théâtre, on serait chez les Peeping Tom: le corps arc-bouté sur chevilles laxes leur semble directement emprunté.

Lolita dégénérée, c’est avec son front et ses cheveux que Katerina parle dans le micro, avant de s’emparer de baguettes de percussion pour aller piquer des hannetons imaginaires. Humour, comique de répétions, son phrasé est celui d’un poète beatnik.

Est-elle la fille cachée de Patti Smith ? Même crinière hirsute, même expression impassible, même fougue. Ce mélange de poésie décalée dans un langage de charretier sur guitare électrique fait sonner les mêmes accords.

Hallef***lujah.

Katerina Andreou in «A Kind of Fierce», illustration © Araso
Katerina Andreou in «A Kind of Fierce», illustration © Araso

Katerina Andreou a dansé A Kind of Fierce les 4 et 5 Novembre au CDC Atelier de Paris.

Cette création 2016 a été programmée au Festival ImpulzTanz à Vienne l’été dernier, partie [8:tension], et a reçu le Prix Jardin d’Europe qui récompense la jeune création chorégraphique.