Dans Two, seul, tout commence et tout finit avec la terre. Un désir de se confronter à la matière importé directement du Burkina, raconte Annabelle Bonnéry. La terre glaise, piétinée et malaxée par l’eau et par le corps d’Annabelle Bonnéry qui danse dans deux tous petits linceuls couleur terre justement, ou chair, ou sang, on ne sait plus. Elle restera là, dans un autre linceul, grand et blanc, pour un ultime corps-à-corps tellurique et silencieux tandis que se déroule le reste.

Et le reste, c’est Vivaldi, Stabat Mater, la mère debout, couchée, accroupie, qui jonche les briques disjointes pour construire un impossible duo. Le contre-ténor Serge Kadudji, magnifique, accompagné de deux musiciennes (Fanny Vicens, enceinte, à l’accordéon, et Marie Ythier au violoncelle) suit du regard et des mains le solo tourmenté de Núria Navarra Vilasaló qui shoote dans des briques de terre cuite. Quand apparaît Romual Kabore, qui danse l’ultra-contemporain comme le folklore, commence un chassé-croisé fait de fuites et de retrouvailles, de heurts et de caresses, souvent très explicites, parfois trop explicatif.

 

La figure de la mère est partout dans Two, seul. Derrière elle, par sa présence ou son absence, on retrouve l’impossible réunion de deux continents que tout rapproche, la beauté de cette terre nourricière menacée, la volonté de construire envers et contre tout et son double/flirt obscur: la passion de la destruction. 


Two, seul de Annabelle Bonnéry

Performance vue au Théâtre National de Chaillot du 15 au 17 Février 2018

Visuels Araso © ADAGP