La dernière fois que nous avons vu Kaori Ito danser, c’était pour le sublime Je danse parce que je me méfie des mots  interprété en duo avec son père. A l’époque elle était enceinte de son premier enfant. Entretemps, elle lui a donné la vie «et en même temps, la mort» comme elle le relate dans son solo Robot, l’amour éternel

En culotte et haut moulant chair, Kaori entre et sort d’un plateau-boîte qui rappelle le jeu Docteur Maboulle. Ceux qui y ont joué se souviennent du moment délicat d’aller à la pèche aux organes à l’aide d’une pince « chirurgicale » qui buzzait lorsqu’on touchait les bords. La technologie a évolué mais le principe reste le même. Equipée de bouts de mannequin en plastique qu’elle pioche se colle et laisse tomber, Kaori-poupée entre et sort des urnes rectangulaires, dans lesquelles elle laisse parfois accidentellement tomber un bras ou une tête. Elle enclenche sur son mobile la voix de Siri qui partage avec le public les fragments de son journal intime et entame son ballet robotique. 

Kaori Ito danse Robot, l'amour éternel © Araso ADAGP
Kaori Ito danse Robot, l’amour éternel © Araso ADAGP

La vision de la danseuse robotisée pilotée par la voix off est à la fois déroutante, presque obscène de vérité, drôle et poétique. On sent dans le texte et dans le geste les tréfonds de solitudes où il a fallu puiser pour déchiqueter au scalpel ces moments de vide, ce dialogue avec la mort, cette course effrénée. Le triptyque phare bonheur – temps – solitude, ou vie – mort – solitude, est à nouveau passé au crible avec ce talent juste, calibré et placé. 


Robot, l’amour éternel, création Janvier 2018

Performance vue à la Maison des Arts de Créteil du 24 au 27 Janvier 2018,
Au 104 à partir du 3 Avril 2018.