«Le pessimisme de la connaissance n’empêche pas l’optimisme de la volonté». 

En 2018, on peut considérer que ces mots d’Antonio Gramsci sont tombés dans le domaine public en même temps que dans l’oubli. Comment croire encore à la face du monde qu’il subsiste, quelque part, suffisamment de volonté pour qu’ait lieu une nouvelle forme de désobéissance civile? Individuelle, à micro-échelle? Celle d’un homme, d’un camion, d’une petite fille afghane? Une volonté optimiste capable qui puisse résister et à la démission du courage, et à l’échec des organes politiques? 

Araso © ADAGP
Araso © ADAGP

On est en 2015, le nom de Rob Lawrie est sur toutes les lèvres et sur une pétition contre le «délit de solidarité». Anne Monfort la signe. Deux ans plus tard, elle monte à trois voix, deux femmes et un homme, une adaptation du texte Entre les deux il n’y a rien de Mathieu Riboulet. Quel est le rapport entre les mouvements contestataires des années 1970s, ce dont il est question dans le livre, la désobéissance civile telle que théorisée par Henry David Thoreau, et Rob Lawrie? Il se situe quelque part autour de la notion de désir, de cette obstination farouche à espérer, une maniaquerie de la bataille qui empêche de capituler. 

Le jeu était risqué. Il est très compliqué de traiter un sujet comme celui-ci avec suffisamment de finesse et de faits pour étayer sans être misérabiliste, toucher sans tirer les larmes. Les comédiens sont beaux, droits dans leurs bottes, justes malgré les quelques pièges tendus par un texte dense et un plateau exigeant. On retrouve Pearl Manifold après Morgane Poulette, toujours aussi mordante, avec la maîtrise parfaite du verbe et le port d’une lady Hamlet. Pari tenu. 


Visuels Araso © ADAGP

DÉSOBÉIR, Le monde était dans cet ordre-là quand nous l’avons trouvé, Le Colombier jusqu’au 21 Janvier au Théâtre à Bagnolet.