Dans son Ponce Pilate, Roger Caillois part du postulat suivant: et si le plus célèbre préfet de l’Histoire avait fait libérer Jésus au lieu de le crucifier sur la croix? Et si le courage d’un fonctionnaire romain sans relief avait miraculeusement surgi des tréfonds de ces nuits sans sommeil? 

Il est des passions, des sentiments et des violences que l’on ne peut percevoir que par une mise en abime. L’histoire que raconte Xavier Marchand est de celle-là. A travers une recherche chromatique sublime, un remarquable travail sur les lumières et une grande dextérité technique, c’est l’homme Pilatus que le metteur en scène est venu sonder. Et c’est réussi: derrière les masques, c’est son coeur que l’on entend battre. 

Ponce Pilate, l'histoire qui bifurque, MC93 - image © Araso ADAGP
Ponce Pilate, l’histoire qui bifurque, MC93 – image © Araso ADAGP

Le texte est ardu, verbeux, revêche,  les comédiens l’articulent, trébuchent parfois. Marionnettes, comédiens et lumière forment une bulle holistique où l’on ne rencontre aucune image ni aucun tableau qui ne joue à la perfection la symphonie de la beauté. Les mains, que les comédiens déploient du bout de leurs bras télescopiques, sont des anémones libres qui envoûtent et capturent. On assiste rarement à une recherche aussi poussée et à un tel degré de maîtrise. 

 

Si l’accouchement est un peu long -1h40 de spectacle dont une bonne partie d’envolées ecclésiales, l’esthétique est absolument irréfutable. 


Ponce Pilate, l’histoire qui bifurqueà la MC93 de Bobigny jusqu’au 18 Novembre 2017

Création

Adaptation et mise en scène Xavier Marchand
D’après le récit de Roger Caillois

Avec Noël Casale, Gustavo Frigerio, Guillaume Michelet, Sylvain Blanchard, Mirjam Ellenbroek

Marionnettes Paulo Duarte et Mirjam Ellenbroek
Scénographie Julie Maret