Dieudonné Niangouna retrouve Sony Labou Tansi, ou bien peut-être est-ce l’inverse. Dans un délire halluciné, Dieudonné est seul en scène accompagné à la guitare électrique par Alexandre Meyer et à la video par son double dictateur «Martillimi Lopez fils de Maman Nationale, venu au monde en se tenant la hernie». Voyage intérieur par les viscères, coloscopie en immersion et en direct des mots de Sony Labou Tansi, satire infatigable de la torture, de la dictature et du culte de la personnalité. 

Sa hernie toute puissante est partout: sur les écrans, en boucle, on voit son visage, ses yeux, son crâne, ses mimiques, ses déhanchés sauvages enveloppés dans des bandelettes tels une momie à peine exhumée. On voit son regard exorbité et sur le visage torturé de Dieudonné, sur ces aboiements gutturaux on lit à la fois Niangouna, Sony, Martillimi Lopez et toute une chronique de la violence faite aux hommes, aux femmes et à soi bien entendu. 

«C’est ça la démocratie: vous posez toutes les questions et je vous donne toutes les réponses». 

La violence se pose ici comme source de jouissance, dérangeante dans sa douceur, son côté absurde qui tire le rire et non les larmes. Car on est bien dans le registre de la satire. Mais satire de qui au juste? Puisque Martillimi Lopez n’existe pas? De qui rit-on/parle-t-on/s’épouvante-t-on réellement? C’est toute la question de la pièce, de cette violence qui a tous les visages et en même temps n’en n’a aucun. 


Machin La Hernie, texte L’État honteux de Sony Labou Tansi adapté par Jean-Paul Delore, avec Dieudonné Niangouna au Tarmac jusqu’au 22 Octobre 2017.