Les mots de Thibault Fayner dansent sous la houlette d’Anne Monfort.

Il y a le texte, qui raconte Londres avec une langue tellement française, comme le dirait son interprète Pearl Manifold. Elle n’a aucun accent. C’en est presque troublant. Elle est en France depuis 25 ans et son nom pourrait vouloir dire qu’elle a beaucoup de plis. A la voir avec tous ses multiples, on est tentés de dire qu’elle a beaucoup de talent(s) indeed.

Il y a ce Londres délicieusement croqué, ces personnages qui n’existent que dans le discours rapporté et dans la géniale création lumière de Cécile Robin et Hugo Dragone, dans la voix off de Jean-Baptiste Verquin et par la mise en scène subliminale d’Anne Monfort. On oublierait presque que son interprète est seule en scène. 

Debout dans son perfecto, la crinière blonde en pétard, Morgane Poulette est une fille « épatante » qui défend son île de mousse d’à peine un mètre carré les pieds dans une piscine d’eau noire. De Londres, elle nous emmène la brume, la flotte et la coke plus vraies que nature. On ne sait pas trop si elle est folle, punk, junkie ou tout à la fois. 

On sent juste que Morgane Poulette, c’est notre copine borderline, notre ange sombre, notre moi obscur et un peu de cette aventure qu’on n’a jamais vécue. Elle nous emporte, nous fait rire, nous fait peur. C’est fou l’immensité qui peut sortir d’un aussi petit bout de femme perché sur un monticule.


Morgane Poulette, au Théâtre le Colombier jusqu’au 22 Octobre 2017

Conception et mise en scène Anne Monfort

D’après Le Camp des malheureux suivi de La Londonienne de Thibault Fayner éditions espaces 34, 2015

Avec
Pearl Manifold
et la voix de
Jean-Baptiste Verquin
Lumières
Cécile Robin
Hugo Dragone

Création sonore
Emmanuel Richier
Scénographie et costumes
Clémence Kazémi