Imaginons quelqu’un qui passerait son temps enfermé, immobile dans le coin d’une pièce. Wim Vandekeybus agit comme un révélateur de sa sauvagerie : pas celle de l’homme, celle de l’endroit où il se trouve et dont on remarque tout à coup le caractère inhospitalier.

Tu ne peux pas décider que je ne suis pas original

In Spite of Wishing and Wanting est l’histoire d’une meute, celles des mâles d’Ultima Vez. Le tableau est sexy, en proie à un théâtre physique. Les figures christiques s’abiment et les langues se confrontent dans ce Babel hors sol. Comme un cheval fou, l’homme se cabre, éructe, interroge, proclame, s’épouvante et s’émerveille. En fond de scène, d’invisibles boulets sont traînés par des chaînes vers l’au-delà. « Tu sei il mio cavallino » susurre l’homme en longe à son double de l’autre bout. Wim lui-même trublion de ces jeux apparaît tel Hermès batifolant au milieu des dieux grecs.

Tu crois que je suis seulement un bourreau

WIM VANDEKEYBUS, In Spite of Wishing and Wanting - by Araso
WIM VANDEKEYBUS, In Spite of Wishing and Wanting – by Araso

Cette édition, reprise du spectacle de 1999, rassemble la féminité et la masculinité du désir dans un même élan vital, un feu que l’on se passe de main en main. La danse, d’une rare beauté, offre ces pas de deux chaloupés entre 6 duos d’hommes en smoking qui repoussent comme toujours les lois de la physique. Les années 90s ont invité leur lot de kitsch. Les clips video, certaines bandes sons et quelques pas sont tragiquement datés. Le tout ne manque certainement pas d’humour.

Je veux être une éponge pour vivre au fond de l’océan

Quelque part dans ce maelström de bagarres, coups de becs et cauchemars éveillés, les oreillers explosent en une nuit de plumes et les fauves s’échappent en courant nus dans le public. De sublimes portés, des masques à la Margiela et des voix métalliques sont la matière poétique tissée à même la scène.

In Spite of Wishing and Wanting a été donné à la Villette avec le Théâtre de la Ville du 28 Juin au 2 Juillet 2017. 


Illustration © Araso