On oublierait presque tant le style des ballets C de la B d’Alain Platel est devenu familier, qu’il était une fois le chorégraphe belge se lançait en autodidacte. Ces bassins, ces jambes et ces pieds qui ancrent des mouvements explicites, ces bras qui fendent l’air, ces mains qui empoignent, caressent et déchirent sont autant de déclinaisons du sublime.  

On retrouve tous ces codes dans Nicht Schlafen avec en guise d’introduction des parois en toile de jute déchirée et un autel de chevaux morts. Le décor matérialise un espace-temps qui superpose une entrée dans un 20ème siècle incertaine et tremblante comme la fin d’un monde et ce début de 21ème entre remontée des nationalismes, Daesh et Brexit.

Nicht Schlafen, Alain Platel, illustration Araso
Nicht Schlafen, Alain Platel, illustration Araso

Les paysages musicaux de Steven Prengels, les micros amplifiant les mouvements de plateau et le souffle des bêtes de l’outre-tombe articulent des panoramas de beauté archaïque et d’angoisse. En filigrane, le propos de l’historien Philipp Blom sur l’Europe de 1900-1914 font écho aux célèbres symphonies de Gustav Mahler, dont la 5ème fait monter les larmes.

On ne pouvait pas rêver meilleur retour à la MC93 après travaux que ces tableaux caravagesques, ces corps flamboyants, ces incantations tribales chantées et frappées au sol, ces fauves insatiables qui, dans l’abnégation la plus totale, posent les bases de demain.  


Nicht Schlafen, vu à la MC93 de Bobigny du 24 au 27 mai 2017
En tournée européenne