Baal est ce poète errant, locataire de la nuit, accroc au sexe et à l’alcool, qui baise les femmes et aime les hommes. Fauve insatiable, il abandonne derrière lui créatures exsangues et femmes enceintes comme des coquilles rejetées sur le rivage.

Révolté, il régale de son verbe les opportunistes de la haute société pour mieux leur cracher au visage, boire leur champagne et coucher avec leurs femmes.

Stanislas Nordey, Baal, Théâtre de la Colline, illustration Araso
Stanislas Nordey, Baal, Théâtre de la Colline, illustration Araso

A l’instar de Rimbaud, l’éternelle figure du poète maudit, Baal fascine, captive, enivre comme le feu. Il est l’objet cathartique par excellence sur lequel projeter haine, désir, animalité, jalousie.

1918 : Bertolt Brecht, 20 ans, est infirmier sur le front de la première guerre mondiale. On l’imagine créer ex nihilo ce personnage de souffre et le sang, noircissant ses pages d’envolées lyriques rageuses.

Brecht révise son texte par petites touches jusqu’à sa mort, mais n’écrit plus rien de semblable. Malgré une diction ampoulée, la mise en scène expressionniste de Christine Letailleur et la fougue de Stanislas Nordey donnent une nouvelle incarnation de la figure du poète.


Baal, présenté au Théâtre National de la Colline par le Théâtre de la Ville hors les murs, jusqu’au 22 mai 2017

Illustrations © Araso