Another distinguée est l’une des échappées sauvages, Les Distinguées, que La Ribot promène dans les galeries et musées depuis 23 ans. Des tableaux puissants y explosent d’un désir bestial boulimique de chairs et et de couleurs.

On entre à l’aveugle sur de la musique transe, en avançant machinalement autour d’un monticule informe et bâché. Deux puis trois corps surgissent de nulle part, le visage masqué, moulés dans une combinaison en latex noire recouverte de nylons couleur chair qu’ils s’arrachent à grand coup de ciseaux exaltés. Les corps jouissant percutent la foule au hasard, tant pis pour le voyeur si les lames passent un peu trop près des yeux. Gladiatrice dans l’arène, La Ribot se démasque et se dandine sur place avant de bondir sur sa prochaine victime.

La Ribot, Another Distinguée, illustration © Araso
La Ribot, Another Distinguée, illustration © Araso

La découpe est le fil conducteur de cette messe noire itinérante. Les corps marqués aux feutres rouges et noirs, les vêtements tranchés à même la peau, la Ribot la tête enfouie dans une bâche rappellent la Révolution culturelle chinoise où les « extravagants » étaient traqués sans répit et leurs vêtements coupés à la sauvette dans la rue. Pour la victime, la honte, souvent le suicide. Ici les corps se lancent dans un pas de deux à trois pour poupées de chiffon qui baisent le regard vide.

La dernière image est addictive. « Ils se sont endormis, il faut partir maintenant » murmure le gardien du temple aux disciples encore sous hypnose.


Performance vue au Centre Pompidou le 7 Avril 2017.

CHORÉGRAPHIE ET DIRECTION: La Ribot
INTERPRÈTES: La Ribot, Juan Lo­riente , Thami Ma­ne­kehla

Illustration © Araso