A Love Supreme commence dans la solitude abrupte et le silence.

Quatre danseurs fendent le vide. Tôt, ils rejoignent murs dont les panneaux de bois dessinent le clavier d’un piano prémonitoire. Il incombe à Thomas Vantuycom, magistral, de défricher l’espace de danse.

Pendant cette longue introduction, seul, pieds nus, sous le regard froid des projecteurs, il se tient debout et immobile. La puissance de ce silence nous cloue sur place.

Thomas Vantuycom in A Love Supreme by Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis, illustration © Araso
Thomas Vantuycom in A Love Supreme by Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis, illustration © Araso

Il s’avance doucement, esquisse un pas, ose fendre l’air de son bras tendu. L’espace qui l’entoure s’agrandit, les gestes resserrés se font plus amples. Les membres en corolles protectrices se muent en angles asymétriques, les mains vont progressivement chercher le sol.

Quand sonne finalement le jazz de Coltrane, la musique pénètre les corps qui en marquent chaque note, accentuent les frappés au piano de petits pas fous. L’étreinte et la distance, le soi et l’ensemble pour une libération totale des corps.

Créer dans la contrainte, trouver le placement juste, la bonne distance.

Atteindre l’Amour suprême.


Illustrations © Araso

A Love Supreme est un spectacle créé en 2005 par Anne-Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis sur la musique A Love Supreme de John Coltrane. Il est recréé pour 4 danseurs en 2017 au Théâtre de la Ville, présenté hors les murs au 104 du 5 au 9 Avril 2017 dans le cadre du Festival Séquence Danse.