En 800 Signes

Balenciaga était ambidextre. Suspicieux et méfiant, il présentait son travail à un mois de distance des défilés parisiens, pour se protéger des plagiaires. Il officiait dans un silence absolu. Sa préoccupation obsessionnelle : la coupe. Loin du glamour ostentatoire, Balenciaga créait des matières sans tulle ni corset, inventait le gazar avec le suisse Abraham et formait ces robes ballons des années 1950 et 1960 qui ont scellé à jamais la renommée de la Maison.

Balenciaga, Bourdelle, dialogue de beautés - photographie © Araso
Balenciaga, Bourdelle, dialogue de beautés – photographie © Araso

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Dans sa tour d’ivoire du 10 Avenue George V à Paris, le Maître espagnol créait des collections pour l’élite de l’élite. Des femmes infantes noires, des robes comme des remparts pour ces héritières spirituelles du Greco et de Zurbarán. Inattaquable, le maestro est adoubé par ses pairs, dont Chanel, qui dira de lui qu’il « était le seul d’entre nous, couturiers, qui savait coudre, dessiner et couper » et la Maison Christian Dior : « La haute couture est un orchestre que seul Balenciaga sait diriger, tous les autres créateurs que nous sommes suivons simplement ses indications. » En 1950, alors que Cristóbal est au faîte de sa gloire, un certain André Courrèges lui écrit : « Je veux travailler chez vous, sans être payé, comme le dernier des apprentis ». Ironie du sort, c’est au vu du succès d’André Courrèges qu’en 1968 il se retire de la mode et ferme sa Maison.

Balenciaga au musée Bourdelle, Illustration © Araso
Balenciaga au musée Bourdelle, Illustration © Araso

Ces œuvres sortent aujourd’hui des papiers de soie des salles de conservation de Galliera pour retourner à un autre atelier, celui d’Antoine Bourdelle, et s’offrir une nouvelle fois au regard du public. Les beautés du passé dialoguent autour des sculptures de nymphes et des portraits de la fin du XIXème. Que se disent-elles ? Probablement qu’il n’y a pas si longtemps, la mode créait des icônes pérennes dans l’ombre des patrons et des fils de bâti. Des images dignes de figurer des décennies plus tard au Panthéon des œuvres d’art. Des noirs mats, des noirs brillants, des noirs transparents que rien ne saurait surpasser, ni même égaler. Et contemplant leur propre beauté à l’aune de la mode en 2017 elles rient, probablement, au moins un peu.


Balenciaga, l’oeuvre au Noir, une exposition du Palais Galliera au Musée Bourdelle jusqu’au 16 Juillet 2017