Croire encore en l’Europe. Entamer un chantier. Naviguer entre les morts. Que vient nous raconter cette fille voûtée dans sa robe pourpre, traînant derrière elle une hache ? Elle dit en grec un texte inspiré de Ménon pleurant Diotima de Friedrich Hölderlin qui commence ainsi : « Chaque jour je m’en vais sous le ciel et je cherche en vain un changement. »

C’est donc l’âme du romantisme allemand que choisit d’invoquer ce porte-parole aux allures de zombie au secours d’une jeunesse cherchant ses repères dans la brume du jour naissant. Tout est à construire sur ce terrain abrupt, loufoque, d’où des cerfs-volants d’aluminium font pleuvoir des cotillons d’argent sur le corps des suicidés.

Les protagonistes au nombre de sept n’ont de cesse d’ériger des échafaudages qui s’écroulent et ainsi ils recommencent, Sisyphes des temps modernes. De la figure mythique on peut faire deux lectures : ou bien celle du travailleur misérable voué à l’éternel recommencement ; ou bien celle du fondateur de Corinthe, vainqueur de Thanatos. Du chaos émergent les postures.


6 A.M. HOW TO DISAPPEAR COMPLETELY est une performance du collectif grec Blitz Theatre Group présentée au festival d’Avignon en juillet 2016 et vue en tournée au Nouveau Théâtre de Montreuil du 23 au 28 Février 2017 avec le Théâtre de la Ville.

Visuel © Araso