Près de dix ans que Wupperthal voue à Pina un culte fidèle. Les anciens transmettent aux nouveaux un répertoire qu’aucune création n’enrichit. Et saison après saison, le public afflue.

En témoigne Viktor. Un décor en forme de caveau ensevelit vivants ceux qui y dansent. Cette terre si chère à Pina, perpétuel chantier. Julie Shanahan toujours sublime hypnotise en femme sans bras et Cristiana Morganti désopilante offre un salut final étrangement sombre. Dominique Mercy reprend son rôle de Viktor et la jeune génération est portée par Breanna O’Mara, troublante veuve qui hurle sous les décombres, si envoutante qu’on ne voit qu’elle.

Chez Viktor on se marie comme on s’enterre, on croise des femmes fontaines, des couples et des mendiants dans un joyeux bordel vaguement romain sur des musiques improbables.

C’est peut-être ça la recette du succès : cette somme d’interprétations fortes, ces particularismes compilés en tableaux vivants. On voit un spectacle de Pina comme on voit une exposition où n’importe quoi surgit n’importe quand. Et on ne s’en lasse pas.

Illustration © Araso


Viktor, 1986, une pièce de Pina Bausch

Théâtre de la Ville au Théâtre du Châtelet, du 3 au 12 Septembre 2016